Shigeyasu Yamauchi - L’interview (Partie 2)

Seconde et dernière partie de l’entretien accordé par Yamauchi à l’excellent journaliste Yôichirô Oguro, dont la traduction vous est généreusement offerte par Skippy 5.

SHIGEYASU YAMAUCHI : Une carrière en or !

Je change un peu de sujet : avez-vous toujours eu envie de créer un film à partir d’une ambiance ?
Yamauchi : Oui. J’aime beaucoup les films comme « Hécate » de Daniel Schmid ou « Le mari de la coiffeuse » de Patrice Leconte. Je pense que l’être humain ressent l’angoisse ou l’amusement en écoutant ou en touchant mais aussi avec les autres sens. Ces éléments qui vont au-delà des cinq sens sont nécessaires à l’être humain pour vivre et c’est quelque chose qui peut être éclairci si on y réfléchit longtemps. Je compte mettre ceci désormais dans mes films.


J’aimerais revenir un peu plus loin dans le passé.

Yamauchi : Allez-y.

Comment êtes-vous arrivé dans l’animation ?
Yamauchi : Cela fait plus de 30 ans. J’ai interrompu mes études à l’université et je cherchais un petit boulot dans le journal. Il y avait une offre d’emploi pour un studio d’animation. Je ne m’y connaissais pas trop mais je me suis dit que c’était un monde d’images. Et une fois dedans, ça s’est avéré vrai. J’ai souhaité travailler dans ce milieu plus par fascination pour l’univers des images que par amour de l’animation. Je suis d’abord entré à Ashi Productions.

Vraiment ?
Yamauchi : C’était lors de la production de « Blocker Gundan 4 Machine Blusters ». M. Masami Annô en était le réalisateur. C’était mon premier mentor, sans doute. Quand je suis arrivé, je n’y connaissais rien en animation et au bout de 6 mois, je faisais de la mise en scène. M. Annô m’a remis un story-board et m’a ordonné de le mettre en scène ! Et bizarrement, j’étais certain que je pouvais le faire. J’ai mis en scène en apprenant tout ce qui était technique. Avec cet épisode, j’ai obtenu l’assurance que je pouvais mettre en scène. Quand on y repense, j’ai réussi à me persuader de cela sans doute parce que j’étais jeune. (rires)
Par la suite, j’en suis venu à travailler chez la Toei et M. Kôzô Morishita s’est bien occupé de moi. (NB 3 : Kôzô Morishita, réalisateur du chapitre du Sanctuaire de “Saint Seiya” et du premier film, est un vétéran de la mise en scène qui s’est depuis reconverti en producteur pour Tôei). Et je n’ai fait quasiment que de l’action.


En vous retournant sur votre carrière, quel fut l’œuvre qui en fut le tournant ?

Yamauchi : Dès que j’ai commencé la mise en scène, je n’ai fait que des séries d’actions. Je suis bon à ça et j’aime aussi beaucoup. Je me suis ensuite aperçu qu’il y avait d’autres choses « délicieuses » dans de la mise en scène normale. J’ai toujours dit chez Toei que je voulais faire une série centrée sur la mise en scène et le jeu. Cela a donné « Hana yori dango ».
Sinon, même si cela précède un peu, le tournant de ma carrière est bien ma rencontre avec Shingo Araki dans « Saint Seiya » (NB4 : Shingo Araki est un animateur vétéran connu pour son travail sur « Versailles no Bara » et « Saint Seiya ». C’est le plus grand spécialiste du style « personnages beaux » [bikei chara]). A cette époque, j’aimais beaucoup le graphisme de Masami Suda de la Tatsunoko. Lorsque j’ai vu le graphisme de M. Araki, j’ai été décontenancé au début. Mais plus je travaillais sur « Saint Seiya » plus j’ai été attiré par les expressions “normales” qu’il dessinait. Cette expression normale, tranquille sur le visage qui n’est ni de la colère ni du rire. C’est ce qui est bien dans les expressions qu’il dessine. Peut-être est-ce lié à ce que j’aime des films de Daniel Schmid évoqué tout à l’heure. Peu à peu, je me suis mis à m’orienter vers ce genre d’expression dans mes story-boards. Et en travaillant avec lui, j’ai appris à connaître le charme humain de M. Araki. Le gros tournant de ma carrière, c’est « Saint Seiya » ou plutôt le graphisme de Shingo Araki. Quand je vois combien il travaille maintenant alors que c’est un sacré vétéran, je me dis que je dois au moins en faire autant.


Que pensez-vous de la vision artistique du graphisme de M. Araki ?

Yamauchi : Vous parlez de ses beaux personnages ?

Ca et son style d’action.
Yamauchi : J’ai trouvé son style d’action extraordinaire. M. Araki sait contenir le nombre de cellulos nécessaires à une scène mais quand il le faut, il met et dessine beaucoup de plans clé (genga). J’ai bien vu que c’était quelqu’un qui avait fortement étudié le mouvement. Et puis, vous connaissez la série « Aoki densetsu Shoot ! » ? Je n’ai pas fait de mise en scène sur cette série mais le graphisme de M.Araki était vraiment “sexy”. Sans qu’il n’y ait de nu, juste avec la manière dont les personnages étaient assis par exemple.

Il y a un éclat voluptueux.
Yamauchi : Oui, il y a un éclat. Vraiment. Ce n’est pas quelque chose auquel pense M. Araki consciemment. Cela fait juste partie de son identité artistique.

Pour moi, le film « Saint Seiya Kamigami no atsuki tatakai » est une œuvre particulière. Lorsque je regardais autrefois « Space Cruiser Yamato », j’étais certain que l’animation dans le futur ressemblerait à quelque chose de similaire à ce film.
Yamauchi : (rires)

Avec une grande échelle comme « Yamato », une musique grandiose, des visuels éclatants… On en devient ivre à force de regarder. Je pensais qu’il y aurait beaucoup d’œuvres comme cela et ça n’a pas eu lieu. (rires). L’émotion de « Yamato » s’est éteinte. Mais « Kamigami no atsuki tatakai » en est proche. On peut regarder cette œuvre avec une émotion similaire à celle de Yamato mais revigorée.
Yamauchi : Ce que vous me dites me touche. (rires) Lorsque je ne faisais que de l’action, on me surnommait « Yamauchi des effets de lumières ». (« hikarimono no Yamauchi »)

Ah oui, c’est vrai que votre gestion des effets de lumière était fantastique.
Yamauchi : Dans ce film, le graphisme de M. Araki était bien sûr fantastique mais la musique de M. Seïji Yokoyama était aussi très bonne.

C‘est surprenant combien l’image et la musique allaient ensemble.
Yamauchi : M. Yokoyama a accordé sa musique en fonction de l’image. Il a beaucoup travaillé dessus à l’époque. J’essaie toujours de travailler en divisant dramaturgie, image et son. Je pense l’avoir bien réussi dans les films de « Saint Seiya ».

Et il ne faut pas oublier l’histoire du voyage vers la résidence secondaire dans « Hana yori dango ». Cette scène a eu un énorme impact. (NB5 : l’épisode 43)
Yamauchi : Je voulais faire ressortir l’aspect extraordinaire du graphisme de Yoshihiko Umakoshi (NB 6 : le character designer dans « Hana yori dango »). Je dis souvent aux animateurs qu’un dessin d’animation doit avoir une composition et une qualité graphique permettant d’être exposé seul sur un mur sans aucune honte. J’ai durant cet épisode voulu pousser cette idée jusqu’au bout. Par exemple, rendre les plans où l’on ne voit que les jambes ou les pieds voluptueux. Ne faire que ce genre de plans. J’ai aussi beaucoup travaillé sur le son. Comme l’hiver, il y a souvent peu de bruit, j’ai mis le grincement du parquet ou le bruit de la neige qui tombe d’un arbre au loin : j’ai demandé à M. Ishino, chargé des bruitages, de mettre des bruits auxquels nous ne faisons pas attention normalement. Et pour la fin, comme je n’avais pas de chanson qui allait à l’ambiance, j’ai demandé à Makiko Shibahara qui s’occupait de la sélection des musiques d’en composer une.
Ce que je veux faire s’étend souvent à toute la production ; comme ce fut le cas durant ce film de « Digimon ». Hiromi Seki (la productrice) se moque souvent de moi en disant qu’elle se fait attirer dans mon monde de folie.

Un monde de folie ? (rires)
Yamauchi : Oui. Cela fait peur dit comme ça mais il ne s’agit pas d’horreur. C’est surtout cet aspect mentionné tout à l’heure de faire fonctionner les 5 sens. Il y avait aussi cet aspect dans les films de « Magical Taruruto ».Si cela peut se transmettre au staff puis à tout le studio, ça peut se transmettre au spectateur. Il m’arrive souvent depuis longtemps de créer ces mondes de folie.


Le film de « Hana Yori Dango » était vraiment… Ah, je devrais peut être éviter de le dire….

Yamauchi : Pourquoi ? Dites-le.

C’était une œuvre très… différente…
Yamauchi : (rires) Ce film est un peu raté. La musique de ce film n’est pas allée dans la direction que je souhaitais. Si on reprend le découpage drama, image et son, la musique n’a pas suivi la même direction et n’a pu permettre l’impact souhaité.

Je vois. Vous visiez donc la même chose que sur « Saint Seiya » ou ce film de « Digimon ». Est-ce que cela veut dire que votre approche diffère beaucoup sur les films par rapport aux séries TV ?
Yamauchi : Je ne suis pas sûr.


En fait, durant les épisodes TV, vous restez centré sur l’histoire. Dans les films, vous pouvez vous concentrer sur l’expressionnisme. Vous êtes donc plus sur l’ambiance que sur l’histoire.

Yamauchi : ce n’est pas le cas de la série « Hana Yori Dango ». J’ai changé cela durant la série TV.


Durant la série, vous vous êtes concentré sur l’ambiance ?

Yamauchi : Oui. Seulement dans les épisodes que je mettais en scène. Au début, j’étais surtout sur une action bien joyeuse et un bon rythme. Et en plein cours, j’ai changé et me suis concentré sur une réalisation avec un focus sur l’ambiance. Comme l’épisode marquant que vous venez de mentionner. J’ai pu agir très librement dans cette série.

Ne souhaitez vous pas être superviseur de série (sôkantoku) plutôt que réalisateur (series director) ? Ceci vous permettrait de pouvoir toucher à chaque épisode.
Yamauchi : Oui, j’aimerais bien le faire. Mais il n’y a pas de série qui me correspond bien. Si je devais occuper ce poste, ce serait pour une série comme celle que fait Junichi Satô chez HAL Film.

« Strange Dawn » ?
Yamauchi : Oui. Il y a un aspect un peu effrayant dans cette série. Satô n’a jamais montré cet aspect chez Toei et il se lâche enfin ailleurs.

Ce sont des personnages mignons dans une situation dure.
Yamauchi : Satô a toujours caché cet aspect de lui et a du finir par se lasser. S’il a une telle franchise, il devrait l’exprimer telle quelle. (NdT : à cette époque, M. Yamauchi est co-réalisateur avec M. Satô sur « Ojamajo Dorémi-chan ». Les deux hommes ont plusieurs fois collaboré sur de nombreuses séries Toei.)

A la base, vous aimez tout ce qui a une dramaturgie très riche.
Yamauchi : Oui.

Vous avez été très brillant sur « Ojamajo Dorémi ».
Yamauchi : Sur quelques épisodes seulement.

L’épisode sur Onpu-chan était très fort. (NB7 : Episode 49 de « Ojamajo Doremi-chan ». Un épisode contenant les traits bien caractéristiques de M. Yamauchi.)
Yamauchi : C’était un sujet très important sur la mise en scène. J’ai toujours détesté la manière de faire pleurer sur « Dorémi ». Sans que ça soit bon ou mauvais. Le scénario de « Dorémi » est très bien écrit et l’histoire suffit à nous faire pleurer. Mais ce genre d’œuvre peut faire pleurer sans donner de frisson. Mon épisode sur Onpu-chan a été fait de manière à faire pleurer de manière inattendue. Lorsque à la fin, Onpu-chan est arrivé trop tard sur le quai pour rattraper le train de son père, elle fait demi-tour et elle se retrouve dans le train subitement grâce à la magie de ses amies. Ca fait pleurer. Et j’ai insisté sur le choix des musiques sur ce moment. Et ça a donné un rendu très larmoyant.

Nous voyons bien que vous souhaitez travailler dans la mise en scène. Vous ne voulez pas juste vous contenter de transposer une histoire à l’écran.
Yamauchi : Si l’animation n’était que ça, on n’aurait pas besoin de metteur en scène, juste de bons animateurs pour créer les séquences. Quitte à le faire, il faut qu’il y ait une réelle mise en scène. Je me demande d’ailleurs toujours comment je peux gagner autant d’argent avec un travail aussi facile. Je ne connais pas trop le travail d’un employé de bureau ou autre mais je me demande si mon salaire n’est pas trop haut. Ce n’est pas que je me trouve particulièrement heureux. (rires). Mais si je compare les périodes où je ne fais rien et les périodes où je travaille, il s’avère qu’en majorité, je ne fais rien. Et pourtant, je gagne un tel salaire.

Vous vous dites que vous devez vous investir plus ?
Yamauchi : oui mais je sens que je commence à être assez marginal du courant actuel de l’animation. Si ce courant ne change pas, je me dis qu’il va falloir que je fasse quelque chose.


Devenir auteur et faire votre propre projet ?

Yamauchi : Oui, sans doute. Mais je ne suis pas sûr d’avoir assez d’ambition, de compétence ou d’initiative. Et puis, j’ai aussi le souci d’avoir une famille et des enfants.(rires)

(Le 17 juillet 2000 à l’université Ooizumi à Tokyo)

FILMOGRAPHIE SELECTIVE

1981 Mise en scène sur « Tiger Mask 2 » (TV)

1982 Mise en scène sur « Kikôkantaï Dairaga » (TV)

1983 Mise en scène sur « Kôsoku raïshuin Arubegasu » (TV)

1984 Mise en scène sur « Video senshi Laserion » (TV)

1986 Mise en scène sur « Saint Seiya » (TV)

1988 Réalisation de « Saint Seiya : kamigami no atsuki tatakai » (film)
Réalisation de « Saint Seiya : Shinku no shônen densetsu » (film)

1989 Mise en scène sur « TRANSFORMERS THE MOVIE » (film)
Mise en scène sur « Akuma-kun » (TV)

1990 Réalisation et mise en scène sur « Magical Taruruto-kun » (TV)
Mise en scène sur « DRAGON BALL Z »(TV)

1991 Réalisation de « Magical Taruruto-kun » (film)
Supervision sur « Inferious wakuseïshi gaïden Condition Green » (OAV)
Réalisation de « DRAGON FIST »(OAV)
Réalisation de « CRYING FREEMAN 4 » (OAV)

1992 Réalisation de « CRYING FREEMAN 5 » (OAV)

1993 Réalisation de « DRAGON BALL Z : Broly » (film)
Réalisation de « DRAGON BALL Z : Bojack » (film)

1994 Réalisation de « CRYING FREEMAN kanketsuhen » (OAV)
Réalisation de « DRAGON BALL Z : Retour de Broly » (film)
Réalisation de « DRAGON BALL Z : Bio Broly » (film)

1995 Réalisation de « DRAGON BALL Z : Gojeta » (film)
Supervision de « DRAGON BALL Z : Dragon punch » (film)

1996 Réalisation de « DRAGON BALL : saikyô he no michi » (film)
Réalisation de la série « Hana yori dango » (TV)
Mise en scène sur « Jigoku sensei Nubé » (TV)

1997 Réalisation de « Hana yori Dango » (film)
Réalisation de « Dr Slump » (TV)
Mise en scène sur « Yume no Crayon ôkoku » (TV)

1998 Story-board sur « Brain Powered » (TV) (1ère série non Toei)
Story-board sur « Cowboy Bebop » (TV)

1999 Réalisation de « Dr Slump : Arale no bikkuriban » (film)
Mise en scène sur « ojamajo Doremi-chan » (TV)
Mise en scène sur « ONE PIECE » (TV)

2000 Co-réalisateur et mise en scène sur « Ojamajo Dorémi-chan »(TV)
Réalisation de « Street fighter ZERO THE ANIMATION » (OAV)

Depuis, M. Yamauchi a réalisé le film de « Digimon Adventures 02 » mentionné durant cet entretien. Il a de plus réalisé un film sur la série « Doremi-chan » continuant sur la lignée de « fonctionnement des 5 sens ». Après avoir été réalisateur de la série d’OAV « Saint Seiya Meiô Hades : junikyûhen », il a réalisé le film « Saint Seiya Tenkaihen ~ Overture ». Il a ensuite supervisé la série « Xenosaga », puis semble s’être distancé de la Toei pour aller chez TMS réaliser la série « Mushi-king », une œuvre ayant beaucoup de caractéristiques de ce metteur en scène.

Merci à Skippy 5 !

2 commentaires

Shigeyasu Yamauchi - L’interview (Partie 1)

Oyez Oyez, chers amoureux de Saint Seiya et de mise en scène poétique, lumineuse et expressionniste…
Nous sommes nombreux à regretter l’absence d’un réalisateur en particulier… Surtout après ce que l’on a pu voir des OAV Saint Seiya Meikai-hen Zenshô et Kôshô et du travail du très dépassé Tomoharu Katsumata. Shigeyasu Yamauchi avait illuminé de son talent l’adaptation animée de l’oeuvre culte de Masami Kurumada, en transformant certains épisodes en chef d’oeuvres absolus (on pense bien sûr à l’épisode 57 du Sanctuaire… !) et en réalisant deux longs-métrages absolument inoubliables, Kamigami atsuki tatakai (Asgard) et bien sûr le sublimissime Shinku no shônen densetsu (Abel).

Pour le plus grand bonheur des fans de cet artiste unique, mon pote Skippy 5 propose - par l’intermédiaire de mon blog - de vous permettre d’en apprendre un peu plus sur le réalisateur phare de Saint Seiya avec cette traduction d’un long entretien réalisé par Yuichirô Oguro pour le magazine Animage de Septembre 2000 (vol. 267). Qu’il en soit remercié !

Note du traducteur : Cette interview fait partie d’une série d’entretiens que réalise Yûichirô Oguro dans le magazine Animage depuis 1998. Elle se situe 2 ans avant son retour sur « Saint Seiya Hadès Jûnikyû-hen ». La première partie de cet entretien porte sur l’analyse du film « Digimon Adventures 02 » sorti en 2000. Bien qu’une telle œuvre pour enfants puisse sembler peu intéressante pour les connaisseurs, il convient de rappeler que Digimon est, en plus d’être un concurrent conçu pour surfer sur la vague Pokémon, une série que beaucoup de virtuoses de la Toei ont utilisé en tant que laboratoire d’expérimentations pour de nouvelles approches ou techniques. Le nouveau surdoué actuel de l’animation, Mamoru Hosoda y a par exemple fait ses marques avant d’entreprendre des projets plus ambitieux. Mais surtout, cet entretien permet de mettre en lumière l’approche de Shigeyasu Yamauchi depuis le début de sa carrière et surtout de comprendre les nombreux choix qu’il a effectué, ne serait-ce que sur Saint Seiya.

Profil : Né le 10 avril 1953 à Hakodaté (Hokkaidô). Entré dans le monde de l’animation chez Ashi Productions, il fait ses débuts à la mise en scène sur « Video senshi Laserion » et « Saint Seiya ». Le film « Saint Seiya : kamigami no atsuki tatakai » est sa première œuvre en tant que réalisateur. Il réalise par la suite les séries « Magical Taruruto », « Hana yori Dango », « Docteur Slump » et « Magical Dorémi ». En savoir plus sur la carrière de Yamauchi, cliquez ici.

Avant-propos d’Oguro : Voici celui que j’ai toujours voulu voir apparaître dans cette série d’entretiens. En plus d’être un virtuose du dessin animé d’action, il possède une conscience artistique et une vision cinématographique bien à lui et c’est un metteur en scène qui a réalisé de nombreuses œuvres ayant une puissante force d’expression. On peut dire sans hésiter que ses œuvres sont caractérisées par des ambiances très riches.. Le film « Digimon Adventure 02 » qui vient de sortir possède d’ailleurs une nuance très originale.

Partie 2 : DIGIMON ADVENTURE 02 : HURRICANE TOUCHDOWN/SUPREME EVOLUTION! THE GOLDEN DIGIMENTALS

(note du traducteur : il est vivement conseillé d’avoir vu ce film de 70 mn ou en tout cas d’en lire le résumé avant de lire cette 1ère partie de l’entretien. Un résumé est disponible ici. Le film peut aussi être visionné en ligne à cette adresse.)

Je voudrais commencer par discuter avec vous du film « Digimon Adventure 02 ». D’abord, est-ce que cette œuvre est exactement comme vous souhaitiez la réaliser ?
Yamauchi : Oui, elle est très proche de ce que je voulais faire. Je ne pense pas avoir réalisé jusqu’ici d’œuvres où j’ai eu aussi peu de regrets.

Vraiment ?
Yamauchi : On peut dire que j’ai pu accomplir sur ce film ce que j’arrivais à peine à toucher sur le reste de mes œuvres.


Pouvez-vous expliquer concrètement ?

Yamauchi : J’ai pu éviter de forcer l’aspect dramatique sur l’action du type « vaincre le méchant ».

Je vois.
Yamauchi : Je ne me suis pas trop tracassé durant la conception de la structure. J’ai assimilé entièrement le contenu et l’histoire avant de me mettre à la réalisation, ce qui est assez rare pour moi. J’avais de très bons animateurs ce qui m’a permis de boucler un story-board avec une nuance très précise. Quant au résultat, son rythme est exactement comme je le désirais. Par contre, pour savoir si mon jugement était bon ou mauvais, je laisse à d’autres personnes le soin de le vérifier.

Je pense qu’on peut de manière très certaine affirmer que ce film est très différent. Etes-vous d’accord ?
Yamauchi : Oui.


Et je pense que la partie qui a cette originalité est justement quelque chose que vous avez cherché consciemment.

Yamauchi : Je le pense aussi.

Dans ce film, vous êtes vous surtout concentré sur l’ambiance ? Cette ambiance qui coupe le souffle durant la deuxième moitié…
Yamauchi : Je pense que c’est un film qui est dur à voir pour les spectateurs, surtout la 2ème moitié.

C’est vrai.
Yamauchi : Sans l’expliquer par des répliques et sans l’exprimer par des images, les spectateurs ont la sensation de quelque chose qui s’infiltre en eux. Ils ont cette sensation que c’est dur mais qu’ils ne peuvent pas fuir.

Oui, c’est exactement ça. Je pense que je n’aurais pas vu ça juste à la lecture du story-board. On ne peut sentir cette ambiance sans le son. Cela se sent seulement quand le son et la couleur sont là.
Yamauchi : Oui, sans doute. Avec cette approche pour les décors et cette accroche pour le son, le spectateur se retrouve alors cerné petit à petit… normalement. Nous avons fait en sorte que lorsque le drama, l’image, la musique sont tous rassemblés, ce qui n’est pas exprimé par le scénario ou le story-board apparaisse comme ça dans la tête.

Vous avez calculé à ce point ? Bravo !
Yamauchi : Mais ça faisait longtemps que je n’avais pas réalisé comme ça.

Depuis quand exactement ?
Yamauchi : J’aime beaucoup cette approche que j’ai utilisé dans « Saint Seiya » par exemple. Même si dans « Saint Seiya », je mettais de front la dramaturgie lorsque le héros dit « Je vais la protéger ! ».

Donc, dans les films de « Saint Seiya » que vous avez réalisé, vous utilisiez la même méthode mais en mettant donc l’aspect dramatique en avant.
Yamauchi : Ca et aussi l’aspect classe des attaques. J’aurais pu utilisé ici cette approche mais si j’avais fait cela à la fin, tout ce qui a été mis en place durant le film aurait disparu d’un coup. C’est sur ce point là surtout que j’ai réfléchi. Car je suis bon pour la mise en scène de ces moments soi-disant « classes ». J’ai longtemps hésité avant de me décider à prendre une autre direction.

Nous reparlerons de cela tout à l’heure. Pour vous, où était le point de départ de ce film ?
Yamauchi : Je suis parti de l’histoire. J’y ai réfléchi assez sérieusement. Je me suis demandé ce qu’était l’évolution. Le principe d’évolution ressort souvent dans « Digimon ». On y décrit l’évolution comme l’idée d’obtenir de la puissance ou un pouvoir pour vaincre l’ennemi mais l’appellation est-elle juste ? Bien sûr, je sais que c’est un des clichés du genre et qu’il est impossible de s’appesantir longtemps durant un de ces films courts.

Il est impossible donc de pouvoir aller jusqu’au bout de ce thème avec une approche normale ?
Yamauchi : Oui et une autre chose dont je voulais traiter : je pense que des enfants de la réalité ne peuvent exprimer comme ils le souhaitent ce qu’ils pensent. Lorsqu’un enfant dit : « je te déteste ! », on ne sait pas exactement si c’est ce qu’il pense vraiment. J’ai donc mis en scène dans ce film des enfants normaux. Ce sont toujours les personnages de la série mais j’ai réfléchi à comment ils penseraient ou agiraient s’ils existaient vraiment. J’ai pensé qu’ainsi, les enfants spectateurs comprendraient mieux les sentiments des personnages. Je pense donc qu’un enfant comprendra mieux ce film qu’un adulte.

Donc, ces enfants, tout en apparaissant dans un dessin animé, ne sont pas particulièrement intelligents ou n’ont pas un fort esprit d’initiative ?
Yamauchi : Pas cette fois.

Parlez-moi plus de vos interrogations sur l’évolution.
Yamauchi : Pour être franc, plus j’avançais dans le film, moins je comprenais l’évolution. Je ne peux pas dire si devenir fort pour vaincre un ennemi est une évolution juste ou correspond juste à une maturation. C’est aussi une question très large. Dans toutes ces réflexions, la réponse que j’ai trouvé est… c’est embarrassant de la mettre en paroles… Dans la vie, on change en décidant parfois d’aller à gauche ou à droite. Dans l’univers de « Digimon », cela revient à changer de forme selon la direction prise. Je pense que l’évolution peut se résumer à cela.

Le choix d’aller à droite ou à gauche déterminerait un changement, changement qui est aussi bien un signe de maturation que d’évolution ?
Yamauchi : Je ne pense qu’il y ait un choix conscient sur la direction. Ces directions sont prises dans la vie, au fur et à mesure et selon l’environnement.

Ah, je vois. Comme quand un enfant choisit entre dessiner ou jouer au baseball.
Yamauchi : Oui. Il n’y a pas un choix fort et conscient de jouer au base-ball.

Il y a juste une préférence pour le baseball. Ce qui peut aller jusqu’à devenir joueur de ce sport.
Yamauchi : il survient plein de petits changements au niveau de l’esprit avant d’en arriver à cette direction.


Je vois. Que représentent alors les deux Digimons pour Wallace qui est le personnage principal de ce film ?

(NB1 : Wallace est le personnage principal du film « Digimon Adventure 02 ». Il vivait autrefois avec deux digimons noommés Chocomon et Gumimon mais après un mystérieux accident survenu 7 ans auparavant, Chocomon a disparu. Wallace partaccompagné de Gumimon à la recherche de Chocomonet rencontre Daïsuké dans le film)
Yamauchi : Je pense qu’ils représentent tous deux la même chose.

Avec une approche « classique », ils représenteraient chacun le bien et le mal mais ce n’est pas le cas ici. Il s’agit juste d’un choix. Comme on choisit de dessiner ou de jouer au baseball, le héros choisit Gumimon de ses deux digimons. Inconsciemment.
Yamauchi : Voilà. Imaginons un enfant qui a deux chatons jumeaux et que l’un deux disparaisse. Même si c’est quelqu’un qui l’a pris, un enfant gentil peut se persuader que c’est de sa faute. Est-ce que Chocomon a disparu à cause des actes ou des sentiments de son maître ? Wallace ne réfléchit pas jusque là mais je pense que les enfants qui verront ce film comprendront ce qu’il ressent. Un autre enfant aurait pu oublier Chocomon et vivre heureux avec Gumimon. Mais Wallace s’est persuadé que c’était de sa faute et a traîné cette culpabilité toutes ces années. C’est pour cela qu’il voulait retrouver Chocomon pour tenter de vivre à nouveau comme autrefois. Et Chocomon ressentait la même chose. Mais Chocomon en est arrivé à rapetisser d’autres enfants pour tenter de revenir à cette époque.
(NB 2 : Chocomon capture dans le film des enfants qu’il a choisis afin de les rajeunir pour pouvoir retrouver le Wallace du passé)

Au climax, Wallace rejette Chocomon.
Yamauchi :A ce moment, pour la première fois, Wallace prend une décision. Il n’avait pas décidé de perdre Chocomon et il n’avait pas clairement décidé de partir à sa recherche. L’être humain est comme ça. Cela n’arrive sans doute pas si souvent de bien réfléchir puis de prendre une décision ferme. Je pense qu’en grande majorité, c’est la conjonction de beaucoup de facteurs qui décident de nos actions. Avant qu’il dise à Chocomon « Je ne peux pas te suivre. », j’ai inséré un plan de Gumimon. Quel que soient les sentiments que Wallace a pour Chocomon, il a vécu avec Gumimon jusqu’ici. Chocomon a beaucoup changé depuis leur séparation et Gumimon avec qui il a vécu est toujours là. En pensant à Chocomon et Gumimon un instant, Wallace s’est décidé. C‘est pour ça qu’il s’agit à ce moment là d’un plan froid décisif.

Pour montrer combien ce choix d’aller soit à droite, soit à gauche peut être dur.
Yamauchi : Voilà. Il a fallu sept ans à Wallace pour prendre une décision.


Vous vouliez vraiment conserver un aspect réaliste aux sentiments des enfants.

Yamauchi : J’ai l’impression que nous, les adultes, ne comprenons pas bien les enfants. Alors qu’eux sont très doués pour absorber toute nouvelle chose à l’instinct. Nous ignorons cela alors que nous prétendons faire des « œuvres pour enfant ». Il ne s’agit pas d’une réaction vis-à-vis de cette tendance mais d’un dégoût vis-à-vis de moi-même, de l’impression que j’ai d’être un menteur. Et donc, même si ce n’est pas très sympa pour Wallace, j’ai voulu réaliser un dessin animé où en l’utilisant, je pouvais attraper l’esprit des enfants. Je voulais non pas une histoire ou une thématique mais un film qui captive les enfants. Je l’ai fait en étant certain qu’ils seraient captivés. Je suis un peu comme Wallace en fait. J’ai vraiment cette impression d’avoir réalisé des films en mentant sur le monde. En réalisant des œuvres « classes » ou excentriques bien caractéristiques de la « Japanimation », même si je me suis satisfait ainsi. Peut-être est-ce parce que je vieillis mais j’ai l’impression que je ne transmets rien en définitive.

Je reviens un peu en arrière. J’ai en fait vu ce film deux fois.
Yamauchi : Ah bon ? Merci beaucoup. (rires)

La première fois, je me suis complètement perdu dans l’ambiance. J’étais tellement dedans que je ne me suis pas rendu compte de ce qui se passait et le film s’est terminé à ma grande surprise. J’ai bien saisi l’ambiance mais pas trop l’histoire. Et je n’ai pas compris comment cette ambiance était créée. Donc, je suis retourné le voir. Mais comme je savais que je me ferais à nouveau « avaler » par l’ambiance, je suis revenu à la moitié seulement.
Yamauchi : Cooomment ?! (rires)

Je me trouve en effet bien fourbe. Arrivé en plein court, j’ai tout de suite compris ce qui se passait. L’histoire est bien établie et tout ce qui devait être dit l’était. Il ne m’a rien manqué.
Yamauchi : Mais oui. Nous avons réalisé à partir d’une histoire bien complète.

C’est une histoire bien faite du point de vue du scénario et je pense qu’en ne lisant que le story-board, on la saisit très facilement. Mais à ma grande surprise, lorsque toutes les scènes sont mises bout à bout avec le son, l’ambiance est plus forte que l’histoire. Je suis sûr que l’ambiance de ce film est le point d’arrivée. C’était cet élément que vous mettiez en second plan de l’histoire durant « Magical Taruruto » et « Saint Seiya ».
Yamauchi : Oui.

Vous avez inversé cette fois-ci : l’ambiance que vous mettiez en deuxième plan est passé en premier plan dans ce film.
Yamauchi : Oui. L’histoire est très simple et établie de manière facilement compréhensible.

J’utilise le terme « ambiance » mais est-ce qu’il correspond bien à ce dont nous parlons ?
Yamauchi : Le terme ambiance n’est pas faux mais il y a une petite nuance.

C’est cet élément qui s’infiltre chez le spectateur que vous mentionniez tout à l’heure ?
Yamauchi : Oui.

Même si ce n’est pas là l’objectif du film, il s’agit là de votre objectif en tant que metteur en scène. Et c’était quelque chose d’assez dur. Dans le bon sens du terme. Quand on voit le film, on se synchronise avec et c’est dur pour le spectateur. Pour comparer, c’est un peu comme la sensation de voir un cauchemar au cinéma.
Yamauchi : C’est dur mais on ne peut pas fuir. Je pense que beaucoup de gens se sont retrouvés dans cette situation durant ce film. Même si on n’y met qu’un pas, on se retrouve capturé une fois dedans. Même si on sent que c’est dur, on ne peut pas en sortir.


On se fait capturer par la densité de l’ambiance du film.

Yamauchi : En effet, un film peut toucher les six ou sept sens que possède l’être humain. Et c’est ce que j’ai essayé de faire.

Extraordinaire. Comme je suis passionné de cinéma et d’animation, j’essaie souvent d’anticiper ce qui va arriver dans le film. Avec tel style de mise en scène, j’anticipe la fin du film. Mais durant ce film, lorsque je l’ai vu la première fois, mes prévisions ont échoué. Je voyais bien le style d’ambiance utilisé en plein cours mais j’étais certain qu’il y aurait vers la fin une scène d’action fournissant une certaine catharsis. Et pourtant non. Cette ambiance très dense continue quasiment jusqu’à la fin.
Yamauchi : (rires)


Je ne pense pas avoir jamais vu d’œuvres conçues avec ce genre d’ambiance à l’esprit.

Yamauchi : J’ai d’abord bouclé le story-board de la première scène avec cette ambiance très dense comme vous dites. J’ai d’abord commencé en me décidant sur comment faire la scène la plus importante du film.


L’animation a commencé par cette scène aussi ?

Yamauchi : En effet.

Je vois. Juste pour vérifier, ce film n’est pas un road-movie non plus, n’est-ce pas ?
Yamauchi : Il a une construction similaire à un road-movie mais ce n’en est pas un non plus.

Durant la première scène à New York, la ville est dessinée de manière très réelle mais durant le milieu du film, seul le sol et les panneaux sont dessinés. Et pour la fin….
Yamauchi : Oui, oui. (rires). Il n’y a quasiment pas de décors à la fin.

Et lors de la scène d’autostop, vous ne faites pas l’obligatoire discussion avec le chauffeur que l’on trouve dans un road movie.
Yamauchi : En effet.

Et pour insister, vous ne montrer pas comment le personnage arrive au dernier champ de bataille. On y arrive soudain avec les personnages déjà arrivés. On a cette sensation de passer petit à petit de New York à l’univers intérieur du personnage. De plus, au climax, le Chocomon évolué prétend changer le monde, mais vous ne montrez pas le monde en train de changer.
Yamauchi : C’est vrai. (rires). Et je ne montre pas Taichi et ses amis qui sont captifs. Bien sûr, en montrant tout cela, l’histoire serait plus claire, plus facile à comprendre. Mais la scène suivante deviendrait tout de suite très fade.


Vous donnez donc le vertige au spectateur afin de montrer une dernière scène plus dense ?

Yamauchi : Oui. J’enlève tous les éléments qui me gênent. Même si j’essaie de donner quelques bonus. Comme quand les personnages percutent les panneaux. (rires).

Ou lorsque les personnages se disputent pour savoir si l’apparition du digimon était classe.
Yamauchi : Oui, il y a cela aussi en effet. Il y a un autre point où j’ai concentré mes efforts sur ce film, ce sont les personnages. Que ce soit Daisuké, Miyako ou Iori, je voulais faire ressortir les caractéristiques de chacun. J’aime bien faire cela. Si j’avais eu plus de temps, j’aurais fait une scène entre Miyako et Iori mais cela aurait morcelé le film ici.

Pour faire le point, en ce qui vous concerne, il était important pour vous d’approcher les enfants de manière réaliste dans ce film.
Yamauchi : Oui. Je pense que je continuerai de réfléchir et de tenter de sentir les choses comme un enfant dans mes prochains films, Digimon ou non. Comme c’est moi qui réalise, ce sera bien sûr à ma manière. Je pense que tout ce qui a été fait pour les enfants contient trop de mensonges. Un véritable enfant aurait beaucoup plus de difficultés à juger entre ce qui est bien et ce qui est mal. Je voudrais vraiment me concentrer sur l’aspect superficiel de l’esprit des enfants. Ou en tout cas, je ne veux pas le manquer. D’où le personnage de Wallace.

En voulant approcher les enfants de manière réaliste, cela a donné le personnage de Wallace. En voulant réfléchir sérieusement sur le thème de l’évolution, cela a donné cette histoire.
Yamauchi : Voilà.


Ce qui amène à la question : une évolution qui implique qu’on ne fait que combattre est-elle juste ?

Yamauchi : Oui, oui !

Evoluer revient aussi à abandonner des choses.
Yamauchi : Oui.

Et penser à ceux que l’on a rejeté n’est pas facile.
Yamauchi : Oui, oui. (rires) C’est pour cela que c’est dur pour les spectateurs. Je pense d’ailleurs que certains diraient que ce n’est pas la construction d’un produit de divertissement.

Mais jusqu’où va le divertissement ?
Yamauchi : Eh oui ! Bien sûr, il ne s’agit pas là d’un film que l’on peut regarder avec le sourire mais les enfants regardaient le film dans le cinéma sans courir ou s’agiter. A ce sens, je pense que j’ai réussi.


Vous avez beaucoup réfléchi sur l’évolution.

Yamauchi : Oui. Comme je vous l’ai dit, l’évolution dans Digimon, c’est la transformation pour combattre. Il s’agit donc là de questions sur ce sujet.


Le Digimon qui inverse l’évolution et qui rajeunit les héros fait donc partie de ce thème.

Yamauchi : En conclusion, oui. Mais je n’ai pas intégré ce point consciemment. C’est une idée qui est sorti quand je développais l’histoire avec Hiromi Seki (la productrice) et Reïko Yoshida (la scénariste).


Vous ne rejetez pas cette forme d’évolution.

Yamauchi : Non. Même si je pose mes doutes, il y a malgré tout des scènes d’évolution. Je ne rejette pas mais je pose des questions. Parce que nous simplifions peut être trop le principe d’évolution.

A SUIVRE : Partie 2 - La carrière de Shigeyasu Yamauchi
(avec Saint Seiya en vedette, évidemment)

Un commentaire

“The Secret of N.I.M.H.” ou la fin d’une époque

Vous connaissez sans doute le long-métrage d’animation intitulé “Brisby et le secret de N.I.M.H.”, réalisé par Don Bluth. Si ce n’est le cas, il vous faudra absolument remédier afin de ne pas passer à côté de l’un des dessins animés les plus essentiels du début des années 80.


Don Bluth, une perte irréparable pour Disney

Ce long-métrage magnifique mettait jadis en lumière le déclin irréversible des Studios Disney. Mais quel rapport entre les studios de Mickey et Don Bluth Productions ? J’y viens. Don Bluth naît en 1937, soit l’année de la sortie de “Blanche Neige et les Sept Nains”. Le jeune garçon découvre d’ailleurs très vite ce chef d’oeuvre et a trouvé sa vocation. Il sera animateur. Mais c’est d’abord dans des études de littérature ancienne qu’il s’aventure, parvenant malgré tout à rentrer chez Walt Disney Studios en tant qu’intervalliste sur “La Belle au Bous Dormant”. Après avoir obtenu son diplôme, Bluth se relance dans l’animation et, après plusieurs années de petits projets, retrouvent les studios Disney en 1971 où il est formé par les derniers Nine Old Men encore en activité. Rapidement repéré comme un animateur de grand talent, il fait même partie des successeurs désignés pour assurer la pérénité qualitative du studio. Bluth oeuvrera notamment sur les longs-métrages “Robin des Bois” (1973), Les “Aventures de Bernard et Bianca” (1977), “Peter et Elliott le dragon” (1977) et “Rox et Rouky” (1979), dont il ne dessinera que quelques scènes avant de quitter Disney. En effet, Don Bluth et dix autres animateurs Disney (soit au total 15 % du département animation oeuvrant sur le film !), dont Gary Goldman et John Pomeroy, donnèrent leur démission. Un véritable tremblement de terre dans le milieu !

La raison ? L’incapacité pour ces artistes de se retrouver dans les nouvelles productions des studios Disney, privées de l’âme et de l’audace technique des films de l’époque dorée. Sans oublier un manque de liberté créatrice et d’imagination flagrants. Des symptômes de ce malaise étaient observables dès 1973. A cette époque, Bluth, Goldman et John Pomeroy se réunissent plus ou moins clandestinement tous les jours - en dehors de leurs heures de travail à Disney - pour oeuvrer sur leur propre dessin animé avec le but avoué de ressusciter l’esprit des grands classiques Disney d’antan. Après deux ans de labeur continu, la production débute dans le garage de Bluth et le programme est bouclé en 1979. “Banjo the woodpile Cat”, remporte de nombreux prix et gagne le respect de la profession. Le succès du projet attise l’intérêt des investisseurs qui proposent aux trois animateurs de financer leur premier long-métrage. Emballés, ils démissionnent donc de Disney… suivis immédiatement par 8 autres animateurs et assistants animateurs du studio ! Tous sont finalement incorporés à Don Bluth Productions, et la pré-production du long-métrage du renouveau peu débuter. Leur choix se porte sur l’adaptation du roman “Mrs Frisby and the Rats of Nimh” de Robert C. O’Brien. Le film sort en salles en 1982, soit un an après le “Rox et Rouky” de Disney dont certaines scènes portent encore les traces de leur savoir-faire ! Intitulé “The Secret of N.I.M.H.”, le film est littéralement encensé par la critique mais trouve difficilement son public. Guère étonnant… Que ce soit au niveau de l’animation et du Character Design, le film ne peut cacher ses influences disneyennes évidentes (Don Bluth est un pur produit des studios Disney à ce niveau), ce qui constitue un facteur de qualité évident… mais aussi un facteur de confusion pour les spectateurs. En effet, ce public est désormais plus que conditionné à retrouver un certain type d’histoire pour ce type de design immédiatement reconnaissable et labelisé Disney… Or “N.I.M.H.” propose une histoire relativement sombre et inquiétante, la mort de Jonathan Brisb y est clairement évoqué ainsi que son contexte dramatique, il y a des combats à l’épée où certains personnages se blessent, saignent et meurent (Oh Shocking !!)… La narration se démarque sur pas mal de points du système disneyen, plus “frontale”, moins “tendre” avec le public. Il en résulte un succès relatif auprès d’un public pour le moins décontenancé (“Taram et le Chaudron Magique” de Disney allait connaître trois ans plus tard un échec encore plus marqué avec un concept sensiblement identique).

Don Bluth et ses accolytes venaient de faire le film dont ils rêvaient. Bluth donnera plus tard naissance à beaucoup d’autres longs-métrages très appréciés du public et des fans d’animation, bien que moins ambitieux artistiquement parlant (à l’exception notable du superbe “Anastasia”). Citons ainsi “Fievel et le Nouveau Monde”, “Le petit dinosaure”, “Charlie”, “Rock-O-Ricko”, “Poucelina” ou encore “Anastasia”. Mais c’est bien “Brisby et le Secret de Nimh” qui a mis un terme à l’époque dorée de Disney en mettant l’emphase sur les limites d’une tradition vieille de près d’un demi-siècle. S’en suivra une période de disette d’environ 8 ans pour l’usine de Mickey, avec des films qui ne trouvent plus l’écho d’antan (”Rox et Rouky”, “Taram”, “Basil détective privé” et “Oliver et compagnie”). Ce n’est qu’avec “La petite sirène” (1989) que le studio retrouve le succès. Avec une toute nouvelle génération d’animateurs arrivés à maturité, qui ont tiré les leçons des échecs passés et de la vision unique d’artistes immenses tels que Don Bluth.


25th Anniversary Special Edition ?

“Brisby et le Secret de N.I.M.H.” est disponible en DVD chez nous depuis quelques années chez MGM. Malheureusement, celle-ci ne rend pas honneur à ce chef d’oeuvre… Master relativement médiocre, VF quelque peu saturée, VO non sous-titrée… Si les enfants pourront passer outre ces quelques détails techniques, il en va de même pour les adultes qui souhaitaient retrouver le film dans une édition qui lui rendrait honneur. Si les Etats-Unis ont été logé à la même enseigne jusqu’ici, une édition spéciale 2 DVD a été annoncée pour célébrer le 25ème anniversaire de la sortie du long-métrage (sans oublier le 70ème anniversaire de Don Bluth !). Hélas, trois fois hélas, MGM a choisi de ne pas tenir compte des exigences de Don Bluth pour cette édition… choisissant de l’adresser une nouvelle aux enfants en priorité (collection “Family Fun Edition”)… Don Bluth et Gary Goldman ont dû très vite répondre à de nombreux coups de gueule des fans à ce sujet. Ils sont également revenus sur les quelques demandes qui ont trouvé un écho favorable auprès des pontes de MGM. Extraits choisis.


La nouvelle édition “collector” semi-controversée, cible de Don Bluth et Gary Goldman eux-mêmes !

Gary Goldman : Oui, “NIMH” a bénéficié d’un nouveau master dont j’ai personnellement supervisé l’étalonnage des couleurs. Je ne suis pas au courant des “scènes coupées” que MGM fait figurer dans les bonus. Je ne me rappelle d’aucune scène coupée de notre première version du film. Nous avions alors un planning vraiment très serrés, il fut même réduit de 30 à 28 mois car les financiers et le bureau marketing de MGM/UA souhaitaient sortir le film le 4 juillet. Donc, tout ce que nous avons pu réaliser s’est retrouvé à l’écran. Nous essayons généralement de couper au stade du storyboard avant de dépenser de l’argent en animation. Les nouvelles couleurs sont riches et saturées. Le nouveau master est en HD et le négatif a été digitallement débarassé des scratches et poussières. Cependant, un master standard de télévision a été généré à partir de nouveau master digital spécialement pour cette nouvelle sortie et il est supposé proposer un choix entre le full screen et le format 1:1.85, plus un commentaires audio de Don et moi-même, ainsi qu’une courte interview. Je n’ai pas connaissance du “making of” de dix minutes ou des 5 jeux. 20th Century Fox Home Entertainment le distribue pour MGM/UA et cette sortie sera intitulée “Fox Family Fun Edition”. Heureusement, lorsqu’ils sortiront l’édition HD BluRay 16/9, le film sera intitulé “Edition 25ème anniversaire” et ne sera pas nécessairement adressé aux enfants. Nous voudrions vraiment que le packaging se démarque de tous les autres “family films”.

Don Bluth : “Nous n’avons en fait pas le pouvoir d’inciter les gens du marketing a être d’accord avec nos sensibilités artistiques. Peut-être est-ce par fierté que nous ne souhaitions pas que le DVD soit incorporé à la collection “Family Fun Edition” et qu’il bénéficie soit d’un nouveau packaging ou d’une illustration qui refletterait le programme. Notre recommandation était d’utiliser l’illustration originale du poster réalisée par Tim Hildebrandt (voir image plus haut dans ce billet) pour cette nouvelle édition, avec la phrase d’accroche “Right before your eyes and beyond your wildest dreams…” avec une référence au 25ème anniversaire. Nous avons essuyé un refus. Ils voulaient quelque chose de plus lumineux, de plus coloré, de plus joyeux ou “fun”… comme pour tous les films d’animation pour enfant distribués sur le marché. Notre crainte : que “The Secret of NIMH” se perde dans cet océan de couleurs chamarrées au rayon enfant des magasins de DVD et les grandes surfaces. De plus, l’illustration qu’ils ont retenue est exactement la même que pour l’édition précédente sortie par MGM/UA. Nous ne pouvons qu’espérer et prier qu’ils en arriveront à la même conclusion que nous;, à savoir qu’utiliser cette illustration ne fera qu’embrouiller l’acheteur (ont-il entre les mains la nouvelle version remasterisée ou l’édition sortie en 2000). Nous n’avons pas été impliqué dans le processus d’approbation des sorties précédentes de MGM/UA, que ce soit au niveau du packaging ou du contenu. Avec l’implication de Fox Home Entertainment, c’est la toute première fois que nous avons été invité à superviser la remasterisation, ce qui est super. Mais ils ne sont pas intéressés dans nos opinions sur le packaging. A propos, j’adore l’idée (Note d’Arion: émise par quelques internautes) de la jaquette réversible, pour que l’acheteur puisse décider de l’illustration à mettre en avant dans leur vidéothèque.”

Gary Goldman : “La sortie est prévue pour le 19 juin prochain. Comme Don vous le disait, même si nous nous y sommes opposés, ils prévoient d’utiliser le même packaging de l’édition de 2000 toujours disponible sur Amazon à $7.95. Nous aurions effectivement voulu utiliser le poster de 82 et intituler l’édition “Edition Spéciale 25ème anniversaire”, mais ils préfèrent cependant l’appeler “Fox Family Fun Edition”. Au bout du compte, nous espérons juste qu’ils opterons pour quelque chose qui sera propre à cette version. En regardant le visuel sur amazon.com, nous sommes vraiment perplexes. Deux DVD avec exactement la même illustration, l’une est pour l’édition proposant le master original 1 pouce, l’autre pour une édition deux DVD remasterisée.”

Don Bluth : “Cette nouvelle sortie ne sera donc pas celle prévue en HD BluRay, mais elle proposera malgré tout les corrections de colorimétrie réalisées par Gary et le nouveau master a donc été nettoyé par les techniciens de Fox Home Entertainment (pour MGM/UA). L’édition HD arrivera plus tard. Les gens du département marketing de Fox Home Entertainment ont décidé que cette première resortie ne sera pas l’édition “25ème anniversaire” mais l’édition Fox Family Fun Edition” avec un choix précis de jaquette et une interview adressée spécialement à un public familial. Il y aura également un commentaire audio du producteur et réalisateur (nous) dans les bonus. Nous avons fournis aux producteurs des bonus plusieurs pistes pour des suppléments utilisables mais je ne crois pas que des interview de Dom DeLuis, Wil Wheaton, Shannen Doherty, ou l’adulé Derek Jacobi ont pu être réalisées. cela aurait été super. Il y a beaucoup d’animateurs qui ont depuis mené de brillantes carrières et ont même réalisés leurs propres films d’animation. Peut-être que pour l’édition HD BluRay nous pourrons demander aux producteurs des bonus d’approcher tous ces intervenants et approfondir leur background.”

Voilà voilà. Donc, en soi rien de forcément très réjouissant… Je n’ai pour ma part aucune intention d’acheter un lecteur HD BluRay pour pouvoir avoir une édition digne de ce chef d’oeuvre qu’est “The secret of NIMH”. Forcément dégoûté, donc, d’en être réduit à une pseudo édition collector pour têtes blondes.

Pour terminer avec le sourire, voilà la réponse de Don Bluth à la question d’un fan qui se demandait pourquoi le nom Frisby du roman original avait été changé en Brisby pour le film.

Don Bluth : “En fait, les producteurs exécutifs de Aurora Productions (la société qui a produit le film) étaient inquiets à propos du nom à cause du jouet de la société WAMMO nommé Frisbee. Bien que le titre du livre était enregistré et soumis au copyright avec le nom Frisby, ils ont écris à WAMMO pour demander la permission d’utiliser le nom… Ils ont refusé et nous ont demandé d’en utiliser un autre. Con, non ?”

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Made in Astier ? Pas de la Kaamelott !

Oui, je suis lucide… Je le reconnais… Je l’avoue sans détour… Je vous parlerai franchement… J’irai droit au but…
Je suis un fan de “Kaamelott”.

Il s’agit tout simplement pour moi de ce qui se fait de mieux à la télévision française actuellement… et lus largement de ce qui s’est fait de mieux depuis des décennies ! Couplant une écriture brillante, mêlant un humour à la fois simple et raffiné à une véritable tendresse et profondeur, au jeu d’une troupe d’acteurs euphoriques et attachants, “Kaamelott” n’aura pas traîné à faire oublier “Caméra Café”. Oui, Alexandre Astier a su donner toute l’attention et l’affection requise par tous ces personnages hauts en couleur qui nous font hurler de rire depuis quatre saisons déjà. Arthur, le Roi affligé, Perceval et son affligeante bêtise, Karadoc, son appétit ahurissant et sa déconcertante simplicité, Leodagan et ses coups de sang, Merlin et son incommensurable incompétence… Putain, quel pied.

Dès lors, quand il s’est agit de me rendre avec Nao au Salon du Livre aujourd’hui afin de rencontrer Astier himself, inutile de vous dire que je n’ai pas hésité longtemps. Je vous propose d’ailleurs, une fois votre curiosité satisfaite par ce billet, de prendre connaissance du très bon compte rendu de l’évènement sur le blog de Gilles.
Nous avons donc bravé la foule et dégoté une chtite place au stand Virgin à 15h30 où Alexandre Astier et Eric Le Nabour venaient nous parler de leur livre, disponible en exclusivité sur le salon : “Kaamelott - Au coeur du Moyen-Âge Tome 1″. Une bonne heure, animée par un journaliste, qui a vu un Astier tout à fait à l’aise, lucide et à la répartie aiguisée. Après quelques propos intéressants sur la conception de la série et les partis pris d’Astier par rapport à la légende Arthurienne, quelques petits scoops en exclu mondiâââle révélés par le créateur lui-même :
- La saison 6 sera intégralement consacrée au passé des personnages, explorant les origines de Kaamelott et la destinée qui a rassemblé tous ces personnages en un même lieu. Il sera donc notamment question du long séjour romain d’Arthur…
- Un nouveau personnage dans la saison 5 : le frère de Bohort. Petite hyppothèse de ma part…Benoït Poelvoorde ? ^^
- Le Livre V, qui débutera avec les deux épisodes spéciaux de 52 min., sera diffusé à la fin des vacances de Pâques.

L'ouvrage du jour !Après cette petite conférence bien sympathique, Nao et moi-même filons vers le stand Perrin où est prévue une séance de dédicace du livre précité. Après avoir acheté l’ouvrage, nous nous plaçons dans la file… avec la désagréable impression de nous être fait gruger par des jeanfoutres que les scrupules n’étouffent pas… A savoir des mecs qui s’incrustent dès qu’ils le peuvent, au nez et à la barbe des gens qui attendent religieusement depuis 30-45minutes la chance de pouvoir féliciter Astier. Heureusement, le temps passe relativement vite, et nous avons le loisir de jaser sur l’apparition très sympathique de l’excellent François Rollin (le Roi Loth d’Orcanie, dans la série !) venu sur le salon pour dédicacer un bouquin de sa composition.

Enfin, le moment arrive… Après m’être fait dédicacé le bouquin par le pauvre Eric Le Nabour dont le public se fichait presque complètement, j’approchais le maître…
- “J’avais pensé vous déclamer un texte de félicitations en langue burgonde, mais je crains que ça ne vous mette mal à l’aise… et que ça me foute trop la gêne par dessus le marché !
Astier éclate d’un rire qui fait plaisir à voir. J’étais ravis d’avoir pu approcher d’aussi près cet auteur de grand talent, souriant et trèèès disponible et patient pour ses fans (et de la patience, il en faut pour se coltiner avec le sourire les requêtes des groupes de fanboys gothico-elfiques venu en nombre pour soutenir leur idôle…). Après m’avoir dédicacé l’ouvrage, je lui demande humblement - comme de nombreuses personnes avant moi - s’il était disposé à poser quelques secondes avec moi pour une chtite photo . Astier se prête au jeu avec entrain et sympathie… Clic clac, Nao derrière l’objectif pour un beau cliché souvenir.

C’est au tour du Nao de se présenter. J’observe la scène. C’est avec beaucoup d’humilité et avec l’enthousiasme qui le caractérise qu’il s’empresse de remercier Astier pour cette série géniale, et surtout pour ce Livre IV beaucoup plus sombre. Et là, quelque chose se passe… Astier relève la tête, en pleine signature, écarquille les yeux… On pourrait presque y voir des étoiles ! Ce commentaire semblait arriver presque comme une aubaine (”enfin, quelqu’un qui m’en parle… et pas toujours ces mêmes avis sur l’aspect comique en baisse par rapport au Livre I” s’est-il dit, sans doute). Une séance de dédicaces bien sympaAstier remercie Gilles et lui conseille, du coup, “de ne surtout pas manquer le Livre V !”. Icing on the cake, Astier pose aux côtés de Gilles… Moment que j’immortalise à mon tour avec l’appareil numérique providentiel.

Bref, un très bon moment… Et un soulagement, quelque part, de savoir que l’auteur d’une de mes séries fétiches est aussi charmant et accessible. L’esprit encore un peu embrumé, Nao et moi-même errons dans le salon… Et c’est de justesse que j’empêche mon collègue de rentrer dans le bide à … Roger Hanin ! Navarro qui, quelques mètres plus loin, s’en allait serrer la main à François Rollin et Pierre Mondy, côte à côté sur le stand de leur éditeur pour les dédicaces de leur ouvrage respectif. On se croirait à St Trop’, avec toutes ces célébrités.

Après quelques petits tours supplémentaires dans l’immense hall d’expositions, je quittais les lieux avec mon bouquin sous le bras, avec quelques petits souvenir bien sympa… Fin prêt à engloutir les deux spéciaux d’avril qui vont inaugurer de fort belle manière, j’en suis sûr, le livre V de “Kaamelott”. La nouvelle coqueluche de mes zygomatiques.
- “C’est pas faux !”

Merci, Perceval, pour ce magnifique mot de la fin.

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Keroro Gunsô… De arimasu !

A l’occasion de la sortie annoncée du premier volume de “Keroro Gunsô” aux éditions Kana (en mai prochain), je vous propose de revenir brièvement sur l’un de mes plus gros coups de coeur de ces années en animation japonaise.

“Keroro”, kezako ? Le Sergent Keroro, petit extraterrestre à l’apparence batracienne tout droit de la planète Keron, débarque sur Terre à la tête d’une unité spéciale, avant-garde d’élite qui a secrètement infiltré la planète afin d’estimer le potentiel humain en vue d’une invasion future. Sous les ordres de Keroro, le Sergent Major Kururu (geek glauque et complotteur, toujours à l’affût d’une invention débile), le Caporal Giroro (âpre guerrier au grand coeur, fanatique des armes et du combat), le Soldat de Première Classe Dororo (ninja noble et droit… mais éternel laissé pour compte !) et le soldat Tamama (petit être fragile et kawaï, passionné par les sucreries et le junk food… qui dissimule une double personnalité à la jalousie mortelle !!). Nos jours sont comptés !! Enfin… C’était censé être le plan. Malheureusement pour nos minables visiteurs venus d’ailleurs, l’opération programmée s’avère être le plus gros fiasco de l’histoire galactique. En effet, la petite troupe de Keroro est dispersée et ses membres disparaissent un à un. Il n’en faut guère plus à la flotte keronienne, stationnée dans le ciel, pour prendre la poudre d’escampette et abandonner Keroro et ses amis à leur triste sort sur Terre.

Alors que Giroro arpente la planète pour retrouver ses compagnons, ces derniers ont vite fait de poser leurs valises ! Tamama est recueilli par Momoka, une fille de milliardaire pourrie-gâtée qui n’a d’yeux que pour Fuyuki Hinata. Elle a la particularité d’avoir le même soucis que le keronien… Une double personnalité envahissante et violente ! Dororo, lui, trouve l’amie idéale en Koyuki, une jeune ninja qui vit en hermite dans les bois, tandis que Kururu trouve refuge chez le bellâtre Mutsumi (appelé Saburô, dans l’anime), animateur radio amateur pour lequel se pâme Natsumi Hinata, sa compagne de classe et soeur aînée de Fuyuki. Vous suivez toujours ? Keroro, lui, est capturé par la famille Hinata qu’il croyait espionner en toute tranquilité. Ils le le considèreront dès lors comme leur animal domestique… ou leur esclave, c’est selon. En effet, c’est sans compter les tâches ménagères plus ingrates les unes que les autres auxquelles Keroro doit se plier, tout en s’adonnant à toutes sortes d’occupations curieuses (on pense notamment à sa passion pour les maquettes de Gundam !!) une fois reclus dans la cave qui lui sert de chambre. Le keronien prend son mal en patience et fomente sa revanche. Car l’obstinée créature n’a pas renoncé à son objectif premier, d’autant que les membres de son unité ne sont pas loin. Le sergent et ses compagnons parviendront-ils à surmonter toutes les humiliations et accomplir leur mission ? Que Dieu vienne en aide à l’humanité !


Le méchant-pas-bô de ce chapitre du manga devrait éveiller en vous quelques souvenirs… ^^

Attention, titre culte ! Prépublié dans Shônen Ace depuis 1999, “Keroro Gunsô” (Sergent Keroro) est l’un des mangas les plus populaires de ces 10 dernières années au Japon. L’œuvre humoristique de Yoshizaki Mine aura mis un peu de tems avant de se forger la réputation enviable qui est la sienne aujourd’hui auprès des férus d’humour délirant et référentiel. En réalisant au bout du compte ce que peu de mangas étaient parvenu à faire jusqu’alors, à savoir fédérer tous les publics et toutes les générations de lecteurs, “Keroro Gunsô” intéressa les diffuseurs et c’est ainsi que TV Tokyo commandait en 2004 une première série de 51 épisodes au légendaire studio Sunrise (Gundam, City Hunter, Escflowne, Cowboy Bebop).


Cette parodie ne vous évoque t-elle pas un célèbre manga ?^^

Si le manga est davantage axé sur un public adulte, de connaisseurs, avec de nombreux passages fan service, l’anime s’attache quant à lui à toucher un public plus large, en édulcorant ou éliminant tous les excès du support papier. Sans y perdre au change, bien au contraire. Tous sont tombés amoureux de cette oeuvre : des enfants (attirés par l’aspect mignon des personnages, la trâme drôle et pleine de légèreté et l’univers infini des goodies qui s’offre à eux) aux parents (sous le charme des références inombrables aux animes et séries de leur enfance, de Gundam à Cobra, en passant par Uchû Gaban/X-Or, Bioman, Urusei Yatsura ou encore Hokuto no Ken, mais également conquit par un humour délirant et dévastateur avec des gags dont le second niveau de lecture leur est souvent réservé) en passant par les otakus (pour les goodies et les références). Le marché est inondé de produits dérivés en tous genre, dont le succès démentiel atteste de la réalité du phénomène de société en marche.

La grande force de l’animé est d’avoir si tirer profit de toutes les qualités inhérentes au matériel de base, en éliminant systématiquement les défauts et autres éléments inutiles tout en développant largement les gags et, plus largement, en retravaillant entièrement la mise en scène et la narration (ce processus de création peut être observé notamment au travers du narrateur, véritable personnage à part entière). Le tout avec un maximum de respect pour l’oeuvre d’origine. Ce travail d’enrichissement est dû essentiellement à l’immense Jun’ichi Satô (Les Petits Malins, Sailor Moon, Strange Dawn, Pretear, Princess Tutu, Kaleido Star), spécialiste des univers kawaï et dont l’univers parodique naturel se marie à merveille avec le manga de Yoshizaki Mine. Supervisant l’intégralité de la production, il a su donner une touche unique à un animé qui aurait pu se borner à une adaptation plan-plan. Son rôle fut primordial également dans le choix des seiyuu, les comédiens de doublage. Force est de constater qu’il s’agit de l’un des points forts de l’anime tant l’interprétation est impressionnante.

Casting quatre étoiles au programme : Kumiko Watanabe (Jun Yamano dans “Yoroïden Samurai Troopers”, Shippo dans “Inu Yasha”, Fukurô dans “One Piece”, ) est hallucinante dans la peau de Keroro , Jôji Nakata (Folken dans “Escaflowne”, Monte-Cristo dans “Gankutsuô”, Allucard dans “Hellsing”, Roy Levant dans “Solty Rei”) donne toute sa noblesse mature à Giroro, Takehito Koyasu (Gai dans “Shurato”‘, Rhadamanthe dans “Saint Seiya Hades”, Seishirô Sakurazuka dans “Tokyo Babylon”, Rezo dans “Slayers”, Ryôsuke Takahashi dans “Initial D”, Bobobo-bo Bo-bobo dans “Bobobo-bo Bo-bobo”) interprète l’inquiétant Kururu, Takeshi Kusao (Trunks dans “Dragonball Z”, Parn dans “Lodoss-tô senki”, Sakuragi Hanamichi dans “Slam Dunk”, Yota Moteuchi dans “Video Girl Aï”, Kôgaiji dans “Gensômaden Saiyûki”, Ishimatsu dans “Ring ni Kakero”, Shura dans “Saint Seiya Hades”) double Dororo et enfin Etsuko Kozakura (Yoriko Nikaido dans “You’re under arrest”, Ryo-Ôki dans “Tenchi Muyo!”, Arielle dans “El Hazard”, Mirumo dans “Wagamama Fairy Mirumo de Pon!”) est LE Tamama qu’on rêvait entendre. Vous n’avez pas fini de rire en écoutant leurs interprétations déjantées !

Le succès, au Japon, est réellement démentiel (j’ai pu m’en assurer lors de mon séjour sur place il y a un an) tandis que le bouche à oreille fait son effet parmi les animefans du monde entier. Ceux-ci commencent peu à peu à succomber au charme imparable du programme. La Corée, la Chine, les USA et l’Italie ont déjà craqué… Alors qu’au Pays du Soleil Levant la série entre dans sa quatrième saison (après plus de 150 épisodes, plusieurs génériques de début et de fin absolument géniaux, et deux long-métrage !) et que le manga en est à son quatorzième volume, c’est au tour de la France d’accueillir la tornade keronienne. Avec la diffusion des premiers épisodes en français sur Teletoon (TPS) depuis septembre 2006 (?) et l’aquisition du manga par Dargaud / Kana.

Le volume 1 français

Vous vous dites certainement “Oh mon Dieu, quelle couverture abominable” et vous n’avez pas foncièrement tort. Mais il serait dommage de ne pas vous précipiter sur ce volume français à sa sortie le 18 mais prochain sur base de ce jugement. Bien sûr, les keroniens des 3-4 premiers tomes du manga ont un design désastreux… Mais l’humour détonnant est déjà présent, et vous serez ravis de voir le design évoluer nettement (sous l’influence de l’animé certainement ?) pour trouver sa forme parfaite dès le cinquième tome environ. Soyons donc indulgent avec le design de ces premiers volumes, le meilleur vous attend avec la suite. Et si vous avez du mal à vous motiver, je ne saurais que trop vous conseiller de vous procurer l’anime… Les différences (de narration, de mise en scène, les inédits…) entre le manga et l’anime sont parfois si riches qu’il n’est pas stupide de les considérer comme deux oeuvres différentes, vous prendrez donc autant de plaisir à découvrir les deux supports en parallèle. C’est mon cas… Même si j’avoue avoir une nette préférence pour l’anime, pour toutes les raisons citées dans ce billet.

Donnez une chance au Sergent Keroro, vous ne le regretterez pas… de arimasu !

Un commentaire

Un retour qui se fait attendre…

    LES MYSTERIEUSES CITES D’OR - LE FILM ?

Le poster officiel
Aperçu de l’illustration officielle créee en 2005 pour promouvoir le projet de film, scannée par mes petits doigts boudinés.

NOTE : Etant donné qu’il s’agit d’un scan personnel, d’une illustration qu’il m’a été très difficile de trouver par ailleurs, je vous demande de ne pas le reproduire sans mon autorisation. Veuillez tout du moins créditer la source, à savoir moi (Arion) et mon blog http://blood.cyna.net. Please do not use this picture without due credits to Arion’s blog http://blood.cyna.net.

Oui, vous ne rêvez pas, il s’agit bien d’une illustration très récente, totalement inédite et tout à fait officielle des « Mystérieuses Cités d’Or » proposée depuis 2005 dans les grands rassemblements mondiaux de l’audiovisuel (MIPCOM, MIPTV, NATPE, etc) par MoviePlus SAS (filiale française de MoviePlus USA), la nouvelle société de Jean Chalopin. Sa raison d’être ? Convaincre les producteurs du monde entier d’investir dans un projet de long-métrage d’animation des aventures d’Esteban, Tao et Zia. Je vous la présente en exclu avec grand plaisir, et en profite pour faire un petit point sur cette arlésienne audiovisuelle…

Ce n’est un secret pour personne, Jean Chalopin et Bernard Deyriès nourrissent depuis 25 ans le rêve de réaliser une suite à leur bijou, « Les Mystérieuses Cités d’Or », alors co-produit avec les japonais de la NHK et MK Production, et sous-traité chez Studio Pierrot. Curieusement, malgré le statut culte de cette série de 39 épisodes et le succès qu’elle rencontre irrémédiablement à chacun de ses passages télé (il ne se passe pas une année sans qu’elle ne soit rediffusée, ce qui en fait l’une des séries animées les plus diffusées de l’histoire du PAF !), les deux célèbres artistes / producteurs français n’ont jamais pu convaincre les pontes de l’audiovisuel français d’investir dans le projet et de concrétiser ainsi le rêve de milliers de fans. Ces derniers ne se sont toujours pas remis du visionnage de cette œuvre à la fois passionnante, drôle, émouvante et enrichissante culturellement. Une combinaison gagnante rarement atteinte pour un dessin animé.

Chalopin ne compte plus les essais infructueux, les business plan tombés à l’eau, mais il n’est toujours pas décidé à renoncer. Et ce malgré les désistements successifs et le manque de foi affiché par les diffuseurs français au mépris du bon sens. Comment, en effet, ne pas croire au succès d’une telle entreprise ? Voyez plutôt : pour commencer un long-métrage d’animation, réalisé au moyen des dernières techniques (animation 2D par ordinateur pour les personnages et une 3D / Cellshading pour les mechas), chargé de rappeler le titre au bon souvenir des fans et conquérir une toute nouvelle génération de spectateurs… Pour ce faire, le film est envisagé comme un résumé/remake de la série originale de 1982 destiné à servir de point d’ancrage à une toute nouvelle série télévisée inédite qui s’attacherait à dépeindre la suite de la quête de nos héros (dont le scénario, ainsi que quelques nouveaux personnages, nous avaient été présenté lors d’une conférence spéciale sur les 20 ans de la série au Japan Expo de 2003). Après plusieurs échecs, Chalopin et son ami Mitsuru Kaneko (patron de MK Production et producteur de la série originale) paraissaient tenir le bon bout… Chalopin récupérait l’intégralité des droits sur la série auprès des japonais et parvenait à convaincre trois grands groupes d’investir dans le projet. Si bien que la préproduction pouvait être lancée, avec des essais et autres recherches graphiques. Cette étape est alors réalisée en Chine, où l’animation (tout ou partie) doit être sous-traitée selon les premières infos glanées sur la prod. Une date de sortie est même avancée : printemps 2008.

Mais les dernières nouvelles ne sont pas vraiment rassurantes… En effet, un investisseur important s’est retiré inopinément, avec le risque de faire s’écrouler une nouvelle fois le projet. MoviePlus assure que la préproduction, bien que ralentie, se poursuit mais que la production est postposée à une date inconnue… Précisant que l’aide des fans sera sans doute indispensable au cours des prochains mois. Une déclaration qui n’augure pas grand-chose de bon, malheureusement. J’espère que nous pourrons en savoir plus très prochainement (pour ce faire, je vous suggère de surveiller le site Les Cités d’Or.com)

Pour revenir à l’illustration que je présentais en préambule de ce billet, veuillez m’excuser pour la qualité pour le moins bancale… Cette illustration était présentée en petite résolution dans les pages d’un numéro d’octobre-novembre 2005 du Kazachok Licensing Magazine (magazine professionnel sur les licences de produits dérivés). Même un scan en résolution optimale ne m’a pas permis de réduire l’effet de tramage. Concernant le dessin proprement dit, je le trouve pour ma part somptueux… Un bel avant-goût de ce qui pourrait nous attendre dans le film. Vous remarquerez, sur le côté droit de l’image, la montagne habritant le fort de l’Aigle Noir, ainsi que Sancho et Pedro (dans le bas). Dans la partie gauche, les espagnols – supervisés par Gomez et Gaspar ? - s’affairent à déplacer un canon sous les yeux d’un mystérieux cavalier (Mendoza ?) qui observe la scène depuis les hauteurs. Dans le haut de l’image, au-dessus de nos trois héros, l’on décèle la présence des fameux et mystérieux dessins du plateau de Nazca. Le scan ne rend pas hommage aux effets de couleurs et au design très réussis de l’ensemble.

Nous sommes bien entendu de tout cœur avec Jean Chalopin et MoviePlus, espérant que la voix unifiée des fans sera entendue par un investisseur suffisamment sensé pour croire au potentiel indiscutable de cette licence. La phrase d’accroche figurant sur l’illustration officielle n’aurait finalement pas pu être meilleure vu les circonstances… Pour Chalopin et Deyriès, ce projet de suite aux « Mystérieuses Cités d’Or » cela devient en effet « L’aventure de toute une vie » !

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Ratatouille : Tréleur en exclu mondiââââle !

Voici le trailer de “Ratatouille” en exclusivité (il ne sera officiellement disponible que dans 5 jours, d’après le site officiel), fruit d’une fuite visiblement asiatique.

Les inconditionnels de ce blog, et Dieu sait s’ils sont nombreux (oui vous deux, là, dans le fond !), se souviennent que j’avais déjà évoqué la production de ce nouveau long-métrage Pixar faisant suite à l’excellent “Cars”.

Etant un inconditionnel de Pixar, inutile de vous dire que j’attends ce film avec impatience ! D’autant plus qu’il se déroule à Paris, ce qui ne gâte rien. Sortie prévue en France le 1er août 2007… Je sais, ça fait long ! T_T

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勇者の心の中に

Comme promis dans le billet précédent, voici mon avis d’après visionnage du dernier film de Clint Eastwood : “Lettres d’Iwo Jima”. Ciné Cités Les Halles, 19h30, salle 1 pleine à craquée.

1945. La guerre fait rage dans le Pacifique. L’armée impériale japonaise paraît bien décidée à ne pas concéder de terrain aux américains malgré les désastres militaires qui s’accumulent. Le Japon a perdu les îles Mariannes, lesquelles servent de rempart de lancement à l’aviation américaine pour de grandes opérations de bombardement sur le pays. L’invasion d’Okinawa ne pouvant commencer avant 8 semaines, l’Etat Major américain porte son intérêt sur l’île d’Iwo Jima. L’opération fut connue sous le nom de code “Detachment”. L’île avait une garnison de 22 000 soldats japonais à l’arrivée sur le terrain du Général Tadamichi Kuribayashi (Ken Watanabe), en remplacement d’un autre Général qui avait décliné l’affectation (!). Celui-ci décide de faire cesser les travaux de tranchées sur la plage, jugeant que ses troupes ne pourraient de toute manière pas défendre le littoral face à la puissance de feu de l’ennmi, et lance la construction d’un vaste réseau sous-terrain. Le but était d’infliger des pertes aussi sévères que possible aux Alliés et ainsi les décourager d’envahir les îles principales. Héroïques jusqu’à la folie suicidaire, les 22000 nippons devront faire face à 70000 Marines… Les batailles seront sanglantes et les pertes nombreuses. 21000 côté japonais, 7000 côté américain. En 2005 une équipe japonaise découvre, enfoui dans le sol d’un des multiples sous-terrain de l’île, une quantité impressionnante de lettres très intimes écrites par des soldats nippons… Ce sont ces lettres qui ont inspiré Clint Eastwood et illustreront le récit. Parmi ces missives, celles du Général Kuribayashi sont particulièrement précieuses et touchantes… Elles brossent le portrait d’un homme généreux, loyal et courageux, entièrement dévoué à son pays et sa famille… Sans oublier les lettres des soldats Saigo et Shimizu, lesquelles confèrent enfin un visage humain à l’ennemi japonais.

Général Kuribayashi. Sublime Ken Watanabe
Le Général Kuribayashi.

Il n’y a pas à tergiverser. Clint Eastwood est l’un des meilleurs réalisateurs au monde. Il nous l’avait déjà confirmé avec le somptueux “Flags of our fathers”, maîtrisé dans le moindre de ses plans avec notamment des scènes de batailles absolument inouïes. Le metteur en scène de 76 ans construit le deuxième volet de son dyptique sur des bases identiques mais porte l’ensemble à un degré de perfection formelle qu’on croyait impossible. Chaque plan est calculé de manière absolument exemplaire, tout est fait pour mettre en valeur les visages expressifs de ces guerriers nippons qui réussissent à nous émouvoir par leur sens du sacrifice et leur conception exacerbée de l’honneur. Mais aussi et surtout, l’on se rend compte qu’au-delà des caractéristiques éminemment culturelles, ces soldats ne sont que le reflet des soldats qu’ils sont amenés à combattre. Bien que la propagande impériale avait à l’époque bien fait son office en transformant de pauvres gens en illuminés nationalistes, les soldats japonais n’étaient pas des kamikaze prêt à mourir pour l’Empereur sans un soupçon de peur ou de tristesse. Sous chaque uniforme, il y a un coeur qui bat, qui brûle de retrouver sa femme, son fils, son chien ou son commerce. Chaque coeur aspire à la paix et à la concorde. A l’amour et à l’honneur. L’honneur… cette vertu sacrée héritée des magnifiques Samouraï et de leur code (”Bushidô”, ou “voie du guerrier”) qui poussera de nombreux combattants nippons à se donner la mort plutôt que de se livrer à l’ennemi. Non ce n’est pas “stupide” comme le pensent encore de nombreux occidentaux… Il s’agit plutôt d’un acte si profond, tellement ancré dans les moeurs et la mentalité de ce peuple qu’il serait irrespectueux de le juger sans même le comprendre.

Soldat Saigo
Le soldat Saigo.

Le film, tourné entièrement en japonais (hormis les flashback de Kuribayashi, à l’époque de son voyage aux Etats-Unis, et de l’américain fait prisonnier par Nishi), est interprété de manière absolument magnifique par une brochette de parfaits inconnus. Des “gueules” sur lesquelles la caméra s’attarde avec affection et respect. On découvre le jeune boulanger Saigo, soldat malgré lui, pas très intéressé par la gloire de l’Empereur et qui ne souhaite qu’une seule chose : retrouver sa jeune femme et sa petite fille qu’il n’a pas encore vue. L’ancien officier de la police militaire Shimizu, rétrogradé et envoyé au front pour avoir désobéi à un ordre barbare. Le lieutenant Itô, incarnation vivante des dégâts de la propagande impériale dont l’aveuglement n’a d’égale que sa folie. Le lieutenant-colonel baron Nishi, homme élégant et droit, ancien champion olympique d’hippisme rompu à la culture américaine… à l’image du Général Tadamichi Kuribayashi qui, après un séjour de deux ans aux Etats-Unis à l’époque où il n’était que capitaine, connaît parfaitement l’ennemi qu’il s’apprête à affronter. Sans s’en réjouir, d’ailleurs, il ne trahira aucun regret et sa dévotion sincère à son pays force l’admiration et le respect. Considéré comme un lâche à la solde des américains par la majeure partie des officiers de l’île, la troupe l’adore… Pour son altruisme, son sens aigu du sacrifice, mais aussi pour son amour de la vie et du refus profond des morts inutiles. Incarné par Ken Watanabe, absolument magnifique dans la peau de cet homme cultivé, vertueux et plein de compassion, le Général Kuribayashi incarne le point focal du récit avec le soldat Saigo. Deux visages, deux facettes d’un même homme, d’un même pays, d’un même dilemme… Incarnations d’un sacrifice stupide au nom des ambitions démesurées d’une poignée de politiciens sans vergogne. Oui, c’est con la guerre… Oui, c’est abominable de voir une culture si vertueuse et si profonde être poussées dans des extrêmes avilissants par les pulsions meurtrières d’une poignée de bureaucrate.

Baron Nishi
Le baron lieutenant-colonel Nishi.

A l’instar de “Flags of our fathers”, on retrouve donc cette photographie très spécifique, vieux sépia magnifique qui parachève l’ambiance pour mieux y plonger le spectateur. Les images servent un scénario écrit par Paul Haggis, déjà auteur des scénarios de “Million Dolar baby” et “Crash” (”Collision”, qu’il réalisait également), un des auteurs les plus en vue d’Hollywood qui a réussi son pari : rendre bouleversants une poignée d’acteurs inconnus et donner, comme je le disais plus haut, un visage humain aux “horribles japonais”… Avec une objectivité exemplaire, sans gommer les zones d’ombres. Côté musical, Clint Eastwood a cette fois-ci laissé totalement sa place à son fils Kyle. On s’en souvient, les compositions minimalistes de Clint (un thème mélancolique décliné à l’envi) hantaient ses films précédents tels que “Mystic River”, “Million Dollar baby” et “Flags of our fathers”. Si ces compositions déchirantes ont servi à merveille les deux premiers films, Eastwood s’est fortement planté sur le dernier… Il n’était en effet pas parvenu à illustrer son film avec les musiques “puissantes” dont il avait besoin. Pas de thème prédominant, ou en tous cas pas marquant pour deux sous, un échec musical souligné de manière générale. Modeste, Eastwood aura sans doute tiré les leçons de cette déconvenue pour laisser la place à son fils. Pour obtenir… un thème mélancolique répété à l’envi. Il y a donc du mieux, même si ce n’est pas vraiment la panacée. J’aurais largement préféré entendre une BO “ethnique” comme celle qu’avait pu composer un Hans Zimmer pour “The Last Samurai” par exemple… Ce sera le seul regret que je nourrirais pour ce film, et c’est absolument secondaire, Kyle Eastwood étant à l’aise dans ce registre minimaliste. Ne comptez pas sur moi pour “enlever une étoile” à la note que je réserve à ce nouveau chef d’oeuvre d’Eastwood.

Lieutenant Itô
Le lieutenant Itô.

Après avoir remporté le Golden Globe du “Meilleur Film en Langue Etrangère”, le film est bien parti pour s’imposer aux Oscars avec 4 nominations dont 3 parmi les principales : Meilleur réalisateur, Meilleur Film, Meilleur scénario. Rendez-vous dans la nuit de dimanche à lundi pour les résultats. Martin Scorcese, jamais récompensé aux Oscars et qui voyait sa chance lui sourire enfin cette année avec son génial “The Departed”, a du soucis à se faire…

“(…) le résultat est, séquence par séquence, remarquable de précision, d’émotion et de force.” (Les Cahiers du Cinéma)

“(…) requiem élégiaque qui s’impose comme l’un des sommets de l’oeuvre déjà considérable d’Eastwood.” (Libération)

“Lettres d’Iwo Jima est un chant funèbre à la fois héroïque et intime, d’une poignante austérité.” (Le Figaroscope)

“(…) un des meilleurs films sur la seconde guerre mondiale, si ce n’est le meilleur (…)” (Brazil)

“(…) un film crépusculaire (…) le résultat est impressionnant.” (L’Humanité)

“L’unité de lieu, la photographie décolorée à la limite du noir et blanc, l’atrocité des combats, l’héroïsme pathétique des belligérants donnent à cet hommage (…) une grandeur saisissante.” (Paris Match)

“(…) une oeuvre touchante, qui ne fait pas insulte aux moeurs et aux valeurs du pays qu’il met en scène.” (aVoir-aLire.com)

“(…) Bouleversant film de guerre - l’un des plus forts depuis longtemps (…).” (Les Inrockuptibles)

“Le résultat est saisissant. (…) Ce film-hommage à la mise en scène somptueuse résonne comme la meilleure dénonciation de la folie guerrière.” (Télé 7 Jours)

“Baignés dans une lumière blanche, les combats spectaculaires font contrepoids aux scènes intimistes, d’une intense sobriété.” (Métro)

Quelques liens historiques :

- Biographie du Général Tadamichi Kuribayashi
- Biographie de Takeichi “Baron” Nishi

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Samuraï Clint

Allez, ce soir, on se fait plaisir et on va voir le dernier film de l’immense Clint Eastwood.

“Letters from Iwo Jima” fait suite à “Flag of our fathers”, qui présentait un background identique (la sanglante bataille d’Iwo Jima dans le pacifique) mais du point de vue américain. Si ce premier volet était esthétiquement et artistiquement à couper le souffle (oui, pour ceux qui l’ignoreraient encore, Eastwood est un immense réalisateur) et illustrait un propos audacieux unanimement salué (le film ne met pas tant l’emphase sur le patriotisme et le courage des soldats américains mais plutôt sur la propagande et les mensonges des pontes de l’armée), l’on restait quelque peu sur notre fin… Un sentiment quelque peu injuste compte tenu des nombreuses qualités indéniables de ce film, mais que l’on doit au talent même d’Eastwood… Coupable sans doute d’avoir placé la barre trop haut avec “Mystic River” et surtout le déchirant “Million Dollar Baby”… ?

Sublime Ken Watanabe

Au programme cette fois, la terrible bataille vécue par l’adversaire… Les horribles japonais, tels que se les imaginaient les américains. Une nouvelle fois, à l’image du premier volet de ce dyptique guerrier, Eastwood prend son monde à contre-pied en humanisant ses personnages et en traitant leur vécu d’une manière compatissante et juste. Le réalisateur pousse l’empathie jusqu’à tourner le film quasi-intégralement en japonais - ce qui n’est au fond pas très étonnant mais quand on sait que les ricains ont les sous-titres en horreur… - et en laissant la primeure de l’avant-première mondiale au du Pays du Soleil Levant. Parmi les acteurs, je ne peux m’empêcher de mettre en avant l’immense et sublime Ken Watanabe (The Last Samurai, Mémoires d’une Geisha) interprétant le Général Tadamichi Kuribayashi (cf. affiche du film présentée dans ce post).

Un film déjà unanimement célébré par la critique mondiale, que je me ferais un plaisir de critiquer pour vous dès que j’aurais 5 minutes. ;-)

La bande-annonce, pour les étourdis.

Un commentaire

“Esteban” ou le Grand Heritage

Aaah, qu’il est doux de se replonger dans son enfance et d’en extraire des saveurs qu’on croyait avoir oubliées… La Madeleine de Proust, tout ça. Eh bien figurez vous que c’est exactement ce qui m’est arrivé il y a deux semaines en décidant de réaliser un fantasme vieux de 5 ans : acheter le coffret DVD intégrale des “Mystérieuses Cités d’Or” !

Taiyô no Ko Esteban

Profitant d’une réduction de prix substantielle, je me suis en effet procuré la réédition de ce coffret édité par Sony comportant les 39 épisodes de cette série de 1982 produite entre la France et le Japon. Pour tout vous dire, cela faisait bien vingt ans (et la diffusion sur Antenne 2) que je n’avais revu la série de manière continue… C’est à dire dans une véritable volonté de la suivre épisode après épisode, et non pas par bouts d’épisodes chopés par hasard au gré d’une séance de “zappage” nonchalante affalé sur mon canapé. De plus, je peux dores et déjà vous confirmer que je n’en avais jamais vu la fin ! Quoiqu’il en soit, mes souvenirs étaient suffisemment forts et positifs pour justifier l’investissement dans ces galettes qui me faisaient saliver depuis quelques temps.

Eh bien, inutile de tourner autour du pot, la magie est toujours là. Doux euphémisme. Après m’être englouti la série en quelques jours, je puis affirmer qu’il s’agit encore un des plus beaux animés qu’il m’est été donné de voir. Et ce à tous les niveaux : scénario, design, décors, animation, réalisation, doublage, musiques… you name it. Si bien que je me passionne dernièrement pour tout ce qui tourne autour de la production de ce chef d’oeuvre, les relations entre les équipes françaises et nippones, les modes opératoires, etc… Je me suis donc par conséquent plongé dans les deux fameux Mook consacrés à la série (deux ouvrages rarissimes de la fameuse collection “This is Animation” de la Shogakkan), très côtés auprès des collectionneurs et généralement… hors de prix) que je me suis procuré à “moindres frais” - tout est relatif bien sûr !… - d’où émergent de nombreuses infos succulentes sur tout l’aspect “behind the scene”.

Les deux Mook

Conscient de ma poussée d’enthousiasme pour “Taiyô no ko Esteban”, mon pote Stéphane m’a présenté à des amis à lui : l’association “Les Enfants du Soleil”, éditeur d’un superbe fanzine éponyme présenté en convention depuis plusieurs années et que je vous encourage d’acheter. J’ai donc rapidement sympathisé avec l’un des co-fondateurs, et après quelques discussions passionnées, une idée d’article sur les dessous de la production a germé. Idée renforcée par l’aide apportée à l’écriture par un ami japonisant, très motivé lui aussi par l’aspect assez méconnu des infos que nous souhaitons traiter dans ce dossier… lequel vient également de recevoir l’aide et la bénédiction de deux témoins de premier choix : Jean Chalopin et Bernard Deyriès en personnes ! Ces derniers se sont en effet très gentillement proposé, via les “Enfants du Soleil”, pour répondre à toutes nos questions. Pouvait-on décemment rêver meilleure entrée en matière ?

Ce dossier historico-technique devrait donc, nous l’espérons, être publié dans le futur numéro des “Enfants du soleil”. Une raison de plus pour l’acheter, n’est-ce pas ? :p)
D’ici là, n’hésitez pas à vous replonger dans les aventures d’Esteban, Zia, Tao, Mendoza et consorts, vous ne le regretterez pas.

“Au revoir. A bientôt”

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