Archive for Tonton Walt

“The Secret of N.I.M.H.” ou la fin d’une époque

Vous connaissez sans doute le long-métrage d’animation intitulé “Brisby et le secret de N.I.M.H.”, réalisé par Don Bluth. Si ce n’est le cas, il vous faudra absolument remédier afin de ne pas passer à côté de l’un des dessins animés les plus essentiels du début des années 80.


Don Bluth, une perte irréparable pour Disney

Ce long-métrage magnifique mettait jadis en lumière le déclin irréversible des Studios Disney. Mais quel rapport entre les studios de Mickey et Don Bluth Productions ? J’y viens. Don Bluth naît en 1937, soit l’année de la sortie de “Blanche Neige et les Sept Nains”. Le jeune garçon découvre d’ailleurs très vite ce chef d’oeuvre et a trouvé sa vocation. Il sera animateur. Mais c’est d’abord dans des études de littérature ancienne qu’il s’aventure, parvenant malgré tout à rentrer chez Walt Disney Studios en tant qu’intervalliste sur “La Belle au Bous Dormant”. Après avoir obtenu son diplôme, Bluth se relance dans l’animation et, après plusieurs années de petits projets, retrouvent les studios Disney en 1971 où il est formé par les derniers Nine Old Men encore en activité. Rapidement repéré comme un animateur de grand talent, il fait même partie des successeurs désignés pour assurer la pérénité qualitative du studio. Bluth oeuvrera notamment sur les longs-métrages “Robin des Bois” (1973), Les “Aventures de Bernard et Bianca” (1977), “Peter et Elliott le dragon” (1977) et “Rox et Rouky” (1979), dont il ne dessinera que quelques scènes avant de quitter Disney. En effet, Don Bluth et dix autres animateurs Disney (soit au total 15 % du département animation oeuvrant sur le film !), dont Gary Goldman et John Pomeroy, donnèrent leur démission. Un véritable tremblement de terre dans le milieu !

La raison ? L’incapacité pour ces artistes de se retrouver dans les nouvelles productions des studios Disney, privées de l’âme et de l’audace technique des films de l’époque dorée. Sans oublier un manque de liberté créatrice et d’imagination flagrants. Des symptômes de ce malaise étaient observables dès 1973. A cette époque, Bluth, Goldman et John Pomeroy se réunissent plus ou moins clandestinement tous les jours - en dehors de leurs heures de travail à Disney - pour oeuvrer sur leur propre dessin animé avec le but avoué de ressusciter l’esprit des grands classiques Disney d’antan. Après deux ans de labeur continu, la production débute dans le garage de Bluth et le programme est bouclé en 1979. “Banjo the woodpile Cat”, remporte de nombreux prix et gagne le respect de la profession. Le succès du projet attise l’intérêt des investisseurs qui proposent aux trois animateurs de financer leur premier long-métrage. Emballés, ils démissionnent donc de Disney… suivis immédiatement par 8 autres animateurs et assistants animateurs du studio ! Tous sont finalement incorporés à Don Bluth Productions, et la pré-production du long-métrage du renouveau peu débuter. Leur choix se porte sur l’adaptation du roman “Mrs Frisby and the Rats of Nimh” de Robert C. O’Brien. Le film sort en salles en 1982, soit un an après le “Rox et Rouky” de Disney dont certaines scènes portent encore les traces de leur savoir-faire ! Intitulé “The Secret of N.I.M.H.”, le film est littéralement encensé par la critique mais trouve difficilement son public. Guère étonnant… Que ce soit au niveau de l’animation et du Character Design, le film ne peut cacher ses influences disneyennes évidentes (Don Bluth est un pur produit des studios Disney à ce niveau), ce qui constitue un facteur de qualité évident… mais aussi un facteur de confusion pour les spectateurs. En effet, ce public est désormais plus que conditionné à retrouver un certain type d’histoire pour ce type de design immédiatement reconnaissable et labelisé Disney… Or “N.I.M.H.” propose une histoire relativement sombre et inquiétante, la mort de Jonathan Brisb y est clairement évoqué ainsi que son contexte dramatique, il y a des combats à l’épée où certains personnages se blessent, saignent et meurent (Oh Shocking !!)… La narration se démarque sur pas mal de points du système disneyen, plus “frontale”, moins “tendre” avec le public. Il en résulte un succès relatif auprès d’un public pour le moins décontenancé (“Taram et le Chaudron Magique” de Disney allait connaître trois ans plus tard un échec encore plus marqué avec un concept sensiblement identique).

Don Bluth et ses accolytes venaient de faire le film dont ils rêvaient. Bluth donnera plus tard naissance à beaucoup d’autres longs-métrages très appréciés du public et des fans d’animation, bien que moins ambitieux artistiquement parlant (à l’exception notable du superbe “Anastasia”). Citons ainsi “Fievel et le Nouveau Monde”, “Le petit dinosaure”, “Charlie”, “Rock-O-Ricko”, “Poucelina” ou encore “Anastasia”. Mais c’est bien “Brisby et le Secret de Nimh” qui a mis un terme à l’époque dorée de Disney en mettant l’emphase sur les limites d’une tradition vieille de près d’un demi-siècle. S’en suivra une période de disette d’environ 8 ans pour l’usine de Mickey, avec des films qui ne trouvent plus l’écho d’antan (”Rox et Rouky”, “Taram”, “Basil détective privé” et “Oliver et compagnie”). Ce n’est qu’avec “La petite sirène” (1989) que le studio retrouve le succès. Avec une toute nouvelle génération d’animateurs arrivés à maturité, qui ont tiré les leçons des échecs passés et de la vision unique d’artistes immenses tels que Don Bluth.


25th Anniversary Special Edition ?

“Brisby et le Secret de N.I.M.H.” est disponible en DVD chez nous depuis quelques années chez MGM. Malheureusement, celle-ci ne rend pas honneur à ce chef d’oeuvre… Master relativement médiocre, VF quelque peu saturée, VO non sous-titrée… Si les enfants pourront passer outre ces quelques détails techniques, il en va de même pour les adultes qui souhaitaient retrouver le film dans une édition qui lui rendrait honneur. Si les Etats-Unis ont été logé à la même enseigne jusqu’ici, une édition spéciale 2 DVD a été annoncée pour célébrer le 25ème anniversaire de la sortie du long-métrage (sans oublier le 70ème anniversaire de Don Bluth !). Hélas, trois fois hélas, MGM a choisi de ne pas tenir compte des exigences de Don Bluth pour cette édition… choisissant de l’adresser une nouvelle aux enfants en priorité (collection “Family Fun Edition”)… Don Bluth et Gary Goldman ont dû très vite répondre à de nombreux coups de gueule des fans à ce sujet. Ils sont également revenus sur les quelques demandes qui ont trouvé un écho favorable auprès des pontes de MGM. Extraits choisis.


La nouvelle édition “collector” semi-controversée, cible de Don Bluth et Gary Goldman eux-mêmes !

Gary Goldman : Oui, “NIMH” a bénéficié d’un nouveau master dont j’ai personnellement supervisé l’étalonnage des couleurs. Je ne suis pas au courant des “scènes coupées” que MGM fait figurer dans les bonus. Je ne me rappelle d’aucune scène coupée de notre première version du film. Nous avions alors un planning vraiment très serrés, il fut même réduit de 30 à 28 mois car les financiers et le bureau marketing de MGM/UA souhaitaient sortir le film le 4 juillet. Donc, tout ce que nous avons pu réaliser s’est retrouvé à l’écran. Nous essayons généralement de couper au stade du storyboard avant de dépenser de l’argent en animation. Les nouvelles couleurs sont riches et saturées. Le nouveau master est en HD et le négatif a été digitallement débarassé des scratches et poussières. Cependant, un master standard de télévision a été généré à partir de nouveau master digital spécialement pour cette nouvelle sortie et il est supposé proposer un choix entre le full screen et le format 1:1.85, plus un commentaires audio de Don et moi-même, ainsi qu’une courte interview. Je n’ai pas connaissance du “making of” de dix minutes ou des 5 jeux. 20th Century Fox Home Entertainment le distribue pour MGM/UA et cette sortie sera intitulée “Fox Family Fun Edition”. Heureusement, lorsqu’ils sortiront l’édition HD BluRay 16/9, le film sera intitulé “Edition 25ème anniversaire” et ne sera pas nécessairement adressé aux enfants. Nous voudrions vraiment que le packaging se démarque de tous les autres “family films”.

Don Bluth : “Nous n’avons en fait pas le pouvoir d’inciter les gens du marketing a être d’accord avec nos sensibilités artistiques. Peut-être est-ce par fierté que nous ne souhaitions pas que le DVD soit incorporé à la collection “Family Fun Edition” et qu’il bénéficie soit d’un nouveau packaging ou d’une illustration qui refletterait le programme. Notre recommandation était d’utiliser l’illustration originale du poster réalisée par Tim Hildebrandt (voir image plus haut dans ce billet) pour cette nouvelle édition, avec la phrase d’accroche “Right before your eyes and beyond your wildest dreams…” avec une référence au 25ème anniversaire. Nous avons essuyé un refus. Ils voulaient quelque chose de plus lumineux, de plus coloré, de plus joyeux ou “fun”… comme pour tous les films d’animation pour enfant distribués sur le marché. Notre crainte : que “The Secret of NIMH” se perde dans cet océan de couleurs chamarrées au rayon enfant des magasins de DVD et les grandes surfaces. De plus, l’illustration qu’ils ont retenue est exactement la même que pour l’édition précédente sortie par MGM/UA. Nous ne pouvons qu’espérer et prier qu’ils en arriveront à la même conclusion que nous;, à savoir qu’utiliser cette illustration ne fera qu’embrouiller l’acheteur (ont-il entre les mains la nouvelle version remasterisée ou l’édition sortie en 2000). Nous n’avons pas été impliqué dans le processus d’approbation des sorties précédentes de MGM/UA, que ce soit au niveau du packaging ou du contenu. Avec l’implication de Fox Home Entertainment, c’est la toute première fois que nous avons été invité à superviser la remasterisation, ce qui est super. Mais ils ne sont pas intéressés dans nos opinions sur le packaging. A propos, j’adore l’idée (Note d’Arion: émise par quelques internautes) de la jaquette réversible, pour que l’acheteur puisse décider de l’illustration à mettre en avant dans leur vidéothèque.”

Gary Goldman : “La sortie est prévue pour le 19 juin prochain. Comme Don vous le disait, même si nous nous y sommes opposés, ils prévoient d’utiliser le même packaging de l’édition de 2000 toujours disponible sur Amazon à $7.95. Nous aurions effectivement voulu utiliser le poster de 82 et intituler l’édition “Edition Spéciale 25ème anniversaire”, mais ils préfèrent cependant l’appeler “Fox Family Fun Edition”. Au bout du compte, nous espérons juste qu’ils opterons pour quelque chose qui sera propre à cette version. En regardant le visuel sur amazon.com, nous sommes vraiment perplexes. Deux DVD avec exactement la même illustration, l’une est pour l’édition proposant le master original 1 pouce, l’autre pour une édition deux DVD remasterisée.”

Don Bluth : “Cette nouvelle sortie ne sera donc pas celle prévue en HD BluRay, mais elle proposera malgré tout les corrections de colorimétrie réalisées par Gary et le nouveau master a donc été nettoyé par les techniciens de Fox Home Entertainment (pour MGM/UA). L’édition HD arrivera plus tard. Les gens du département marketing de Fox Home Entertainment ont décidé que cette première resortie ne sera pas l’édition “25ème anniversaire” mais l’édition Fox Family Fun Edition” avec un choix précis de jaquette et une interview adressée spécialement à un public familial. Il y aura également un commentaire audio du producteur et réalisateur (nous) dans les bonus. Nous avons fournis aux producteurs des bonus plusieurs pistes pour des suppléments utilisables mais je ne crois pas que des interview de Dom DeLuis, Wil Wheaton, Shannen Doherty, ou l’adulé Derek Jacobi ont pu être réalisées. cela aurait été super. Il y a beaucoup d’animateurs qui ont depuis mené de brillantes carrières et ont même réalisés leurs propres films d’animation. Peut-être que pour l’édition HD BluRay nous pourrons demander aux producteurs des bonus d’approcher tous ces intervenants et approfondir leur background.”

Voilà voilà. Donc, en soi rien de forcément très réjouissant… Je n’ai pour ma part aucune intention d’acheter un lecteur HD BluRay pour pouvoir avoir une édition digne de ce chef d’oeuvre qu’est “The secret of NIMH”. Forcément dégoûté, donc, d’en être réduit à une pseudo édition collector pour têtes blondes.

Pour terminer avec le sourire, voilà la réponse de Don Bluth à la question d’un fan qui se demandait pourquoi le nom Frisby du roman original avait été changé en Brisby pour le film.

Don Bluth : “En fait, les producteurs exécutifs de Aurora Productions (la société qui a produit le film) étaient inquiets à propos du nom à cause du jouet de la société WAMMO nommé Frisbee. Bien que le titre du livre était enregistré et soumis au copyright avec le nom Frisby, ils ont écris à WAMMO pour demander la permission d’utiliser le nom… Ils ont refusé et nous ont demandé d’en utiliser un autre. Con, non ?”

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Ratatouille : Tréleur en exclu mondiââââle !

Voici le trailer de “Ratatouille” en exclusivité (il ne sera officiellement disponible que dans 5 jours, d’après le site officiel), fruit d’une fuite visiblement asiatique.

Les inconditionnels de ce blog, et Dieu sait s’ils sont nombreux (oui vous deux, là, dans le fond !), se souviennent que j’avais déjà évoqué la production de ce nouveau long-métrage Pixar faisant suite à l’excellent “Cars”.

Etant un inconditionnel de Pixar, inutile de vous dire que j’attends ce film avec impatience ! D’autant plus qu’il se déroule à Paris, ce qui ne gâte rien. Sortie prévue en France le 1er août 2007… Je sais, ça fait long ! T_T

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Les Chroniques Disney : Ward Kimball - Billet III

“A quand la retraite des papy ?”

Un autre morceau de l’interview de Ward au printemps 78. Ward avait quitté le studio cinq ans plus tôt, après une étrange engueulade avec le président de l’époque - Card Walker (1) - à propos du portrait en granit de Walt Disney disposé au premier étage du vieil immeuble des animateurs. Ward le trouvait affreux (il avait raison) et l’avait fait savoir dans un mémo. Card Walker n’avait guère apprécié les critiques de M. Kimball à ce sujet. Et peu de temps après, Ward quittait le studio. Laissant inachevé un projet d’une demi-heure dont le héros était un chien nommé “Bingo”, interprété par Stan Freberg (un projet que M. Walker n’aimait pas non plus, m’a t-on dit…).


Ci-dessus : Kimball dessinant le Chapelier Fou d’ “Alice au Pays des Merveilles”, sous l’oeil amusé (mais critique) de Walt Disney

Ward Kimball : “J’ignore pourquoi tous les animateurs obtiennent toute cette publicité de nos jours. Ce que nous faisions… Tout le monde aujourd’hui pense que c’est génial. Ce n’était rien d’autre que le résultat de la présence de Disney, lequel nous donnait les idées géniales qui faisaient tourner la boîte. Et voilà que c’est nous qui en tirons les bénéfices aujourd’hui.

Combien de temps Woolie (NDR : Wolfgang Reitherman, cfr Billet précédent) compte t-il encore travailler là ?

Steve Hulett : Peut-être 5 années de plus…

Ward Kimball : Pourquoi Frank (Thomas) et Ollie (Johnston) ont-ils pris leur retraite ?

Steve Hulett: Ils en ont eu marre des foutues réunions de Woolie. (Hulett, 28 ans plus tard : J’avais tort ici, Frank et Ollie prirent leur retraite essentiellement parcequ’ils avaient un livre qu’ils souhaitaient écrire : “The Illusion of life”).

Ward Kimball: Eh bien, j’avais l’habitude de leur dire que c’était ce qu’il y avait de mieux
à faire. “Vous êtes fous, que je leur disais. Depuis quand êtes vous-là ? Depuis 1934 ou 1935 ? Et vous continuez à endurer cette torture ? Pourquoi ne vous faites vous pas entendre ?” Si Ollie et Frank s’ennuyaient aux réunion, bien sûr qu’ils devaient partir. Milt Kahl avait l’habitude de dire “Bon, j’en ai assez de cette merde” et de quitter la pièce.

Ken Anderson (2) a t-il prit sa retraite ?

Steve Hulett : Oui (Ken avait raccroché quelques mois avant cette interview. Ward n’avait
visiblement pas reçu le mémo.)


Ci-dessus : Ken Anderson présentant sa création, Elliot le dragon.

Ward Kimball: Ken était tellement frustré parceque Walt ne voulait pas de lui comme “story man”. Walt était comme ça. Une fois que vous accomplissiez une tâche bien précise, il ne vous confiait pas autre chose. Il ne voyait jamais autre chose en vous qu’un animateur ou un bon “story man”, ou un assistant médiocre. Bien sûr, ce pauvre Ken, comme bien des artistes là-bas, en souffrait et n’était qu’un citoyen de seconde zone comparé à Bill Peet (3). Il n’y avait personne à Disney comparable à Bill Peet, et pourtant personne n’a jamais su l’apprécier à sa juste valeur. Peet était l’homme le plus proche de Walt que nous ayant eu au niveau de la création d’histoires. Un génie, et pourtant il n’a joui d’aucune reconnaissance.

Quand vous avez ce genre d’artistes talentueux qui doivent composer avec la manière rigide qu’a Woolie de gérer le boulot… Je ne crois pas que Woolie aie jamais eu un vrai sens de la narration, et il y avait ce conflit qui germait avec Peet.. Lequel buvait à l’époque, et un jour il a dit “Qu’ils aillent se faire foutre” et il est parti.”

Note de Hulett: Bill Peet a quitté Disney durant la production du “Livre de la Jungle”. Bill avait un différent créatif avec Walt, en était terriblement frustré, et décida donc de faire son propre chemin désormais.

En bonus, un extrait des “Trois Caballeros” (1944) : une scène d’anthologie démontre toute la virtuosité et l’humour de son animateur : Ward Kimball lui-même. Difficile de contredire Walt Disney qui qualifiait Ward Kimball de “génie”.

NOTES

(1) Card Walker. Il débuta en 1938 comme responsable du courrier à Disney en 1938. Il franchit rapidement les échelons et passe par le département de la photographie avant de devenir responsable d’unité sur certains courts métrages. En 1956, il devient vice président marketing et ventes, avant d’être élu au conseil des réalisateurs en 1960. Après la mort de Walt Disney en 1966, Walker devient vice président exécutif et chef des opérations. A la mort de Roy Disney, frère aîné de Walt, en 1971, il devient président de la société. C’est en 1980 qu’il devient président du conseil d’administration, poste qu’il occupera jusqu’à sa retraite en 1983. Il continue à officier comme consultant pour la société jusqu’en 1990 et fut membre du conseil des réalisateurs jusqu’en 1999. Il décède le 28 novembre 2005.

(2) Ken Anderson. Après avoir travaillé sur certains “Silly Symphonies” au début des années 30, Anderson devient directeur artistique sur “Blanche Neige et les Sept Nains”, fonction qu’il occupera aussi sur “Pinocchio”, “Fantasia” et “Le dragon récalcitrant”. En travaillant sur “Mélodie du sud”, il contribua à l’innovation technique que représentait la combination entre prises de vues réelles et animation… Innovation qu’il améliorera en travaillant sur “Elliot le dragon”. Parmi les créations de personnages signées Ken Anderson, citons Shere Khan du “Livre de la Jungle” ou “Elliot le dragon”. Il contribua également au scénario de “Cendrillon” et “Le livre de la jungle”, tandis que ses ébauches couleurs influencèrent grandement “Alice au Pays des Merveilles”. Ses layouts formèrent la clé de voûte pour la mise en scène et le design de “Peter Pan” et “La Belle et le clochard”, et l’amenèrent à assumer un poste clé au design de “La Belle au Bois dormant”, “Les 101 dalmatiens” et “Les Aristochats”. Après 44 ans passés chez Disney, Anderson prend sa retraite en 1978. Il décède le 13 janvier 1993.

(3) Bill Peet. Peet avait un don reconnu par tous pour développer des histoires, ce qui influença grandement des films tels que “Dumbo”, “Les 101 Dalmatiens” et “Merlin l’enchanteur”. Passionné de dessin et illustrateur, Peet est embauché comme apprenti animateur en 1937 aux studios Disney, où il travaille d’emblée sur “Blanche-Neige et les Sept Nains”. Un an plus tard, Peet intègre le “story department” où il contribua à autant de chefs d’oeuvres comme “Pinocchio”, “Fantasia”, “Les trois Caballeros”, “Cendrillon”, “Peter Pan”, “Alice au Pays des Merveilles”, “La Belle au Bois Dormant”, “Mélodie du sud” et “Le livre de la Jungle”. Il créa seul le design des personnages, écrivit le scénario et dirigea le doublage des “101 Dalmatiens” et “Merlin l’enchanteur”. Il finit par quitter les studios en 1964, en pleine production du “Livre de la Jungle” suite à un différent artistique irréconciliable avec Walt Disney. Il se consacra dès lors à la publication de livres illustrés pour enfant. Il décède le 11 mai 2002.

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Les Chroniques Disney : Ward Kimball - Billet II

WARD KIMBALL - BILLET II : “WOOLIE REITHERMAN”

Retour au printemps 78, et la suite de l’entretien entre Ward Kimball et Steve Hulett… Les deux hommes discutent de long et en large de divers animateurs de Disney, y compris le patron de Hulett à Disney à l’époque, Wolgang “Woolie” Reitherman (1).


Ci-dessus : Wolfgang Reitherman en 1969, acceptant l’Oscar du Meilleur Court-Métrage, “Winnie the Pooh and the Blustery Day” (”Winnie l’ourson dans le vent”), qu’il avait réalisé l’année précédente.

Steve Hulett se souvient : “Lorsque je travaillais pour la Société à la souris, l’une des rumeurs les plus persistantes en circulation faisait état de relations plutôt conflictuelles entre Ward et Woolie. Si c’était le cas, ça ne transparaissait pas du tout dans le portrait de Reitherman que m’avait brossé Kimball en 78.”

Ward Kimball: “Woolie était un bon animateur, mais je crois qu’il souffrait d’un petit complexe d’infériorité. Il ne pensait pas être un bon artiste, même s’il en était un. Je crois, en fait, qu’il souffrait de la comparaison avec Fred (Moore) ou d’autres, ce qui le faisait travailler plus dur que tout le monde.

Cet élan dans le labeur qu’avait Woolie me fait penser à un étudiant plus âgé que ses camarades qui souhaite donc être le meilleur et finit par le devenir. Le travail de Woolie sur “Fantasia” (le combat des dinosaures) à une envergure vraiment monumentale, parceque Woolie s’est impliqué à sa manière.


Ci-dessus: Reitherman en pleine production de “Dumbo”.

Woolie était tenace. Il n’avait pas l’aisance ou la facilité dans la manière de dessiner qu’avait Fred Moore (2) par exemple, ou le timing flamboyant et spontané de Norm Ferguson (3). Il devait par conséquant travailler plus dur, et il finissait par produire de bonnes choses. Il fit bonnes choses sur Jiminy Cricket, par exemple. Le cricket pointant vers les mots de la lettre de la fée Bleue avec sa cane, c’était Woolie.

Et bien sûr, “How to Ride a Horse” (un court métrage sur Dingo) est un dessin animé très drôle, l’un des courts métrages les plus drôles jamais produits par le studio. J’ai connu des gens qui ont vu “How to Ride a Horse” au cinéma au moment de sa sortie et qui on été le revoir 10 ou 15 fois ! Ils en riaient aux larmes.

Woolie était plus vieux que nous autres, je suppose donc que c’est pour ça qu’il fut choisi comme réalisateur après la mort de Disney. En tant qu’animateur, il fut toujours cantonné aux scènes de poursuite, d’action, parceque la plupart des gens n’aiment pas faire ça. Mais Woolie prenait beaucoup de plaisir à réaliser des scènes rapides, pleines d’actions et d’énergie, et il le faisait bien.


Ci-dessus : Reitherman cherchant la bonne expression pour Mickey.

Un autre gars qui faisait bien ce genre de choses était Bill Roberts (4), un vieil homme qui animait déjà au studio lors de mon arrivée avant de prendre sa retraite à La Crescenta. Roberts fit d’excellentes choses sur “Mickey’s Polo Team”. Il est difficile de faire des scènes de foules, des caricatures d’acteurs célèbres d’Hollywood, tous à cheval comme un groupe. Robert avait cette manière tenace, un peu grossière mais efficace de réaliser des scènes d’action.”

Steve Hulett : Woolie m’avait dit dans les années 70 qu’il était un animateur de type “fonceur”, couchant directement ses idées sur le papier et n’hésitant pas à y revenir autant de fois que nécessaire pour améliorer l’ensemble. Il n’animait généralement pas selon le principe du “pose to pose”(5). Frank Thomas me disait que Woolie n’animait “que des silhouettes. En regardant ses tests d’animation, c’était assez évident. Mais Woolie savait où il allait. Il regardait les tests, voyait des choses qu’il aimait, et retournait au travail pour améliorer l’animation jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il voulait.”

NOTES

(1)Wolfgang Reitherman. Il rejoint le studio en 1935 comme animateur et réalisateur. A son actif, on peut trouver notamment ses animations pour le crocodile de “Peter Pan”, le dragon de “La Belle au Bois dormant” et la séquence de lutte entre Clochard et 3 molosses, et Clochard et le rat dans “La Belle et le Clochard”. Reitherman était le spécialiste des scènes d’actions. Disney estimait qu’il était le seul à pouvoir les animer avec suffisemment de réalisme. Le jour suivant la mort de Disney, Reitherman dira “A partir d’aujourd’hui, ce ne sera plus comme avant. Ce sera tel que nous nous en souviendrons”. Doté d’un caractère de leader et d’une solide expérience il s’impose comme vrai patron des studios, commandant aux scénaristes, aux animateurs et intervallistes, présidant d’aussi célèbres qu’interminables réunion de projet ! Il s’occupe très logiquement de la réalisation de tous les long-métrage animés des studios Disney suivant la mort de Walt, jusqu’à sa retraite en 1981, après avoir terminé “Bernard et Bianca”… et près de 50 ans d’une riche carrière. Il décède en 1985 dans un accident de la route.

(2) Voir le billet précédant pour une brève présentation de Fred Moore.

(3) Norman “Fergy” Ferguson (1902-1957). Créateur de Pluto, l’un des plus célèbres animateurs du studio avec Fred Moore et Ham Luske, avant l’émergence de leurs élèves (les “Nine Old Men”, notamment).

(4) Bill Roberts. Animateur sur “Blanche Neige et les sept nains”, réalisateur de la séquence “Rite of Spring” dans “Fantasia”, metteur en scène de séquence sur “Pinocchio”, “Dumbo”, “Bambi”, “Les trois caballeros”, co-réalisateur de “Saludos Amigos”.

(5) Compte parmi les fameux 12 nouveaux principes de l’animation superbement exposés et détaillés dans l’ouvrage “The Illusion of life - Disney Animation” de Frank Thomas et Ollie Johnston.

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Les Chroniques Disney : Ward Kimball - Billet I

Ignorant jusqu’au nombre de lecteurs fréquentant ce modeste blog aux publications plus qu’aléatoires, je me garderai bien de faire des pronostics sur le “succès” éventuels des petites chroniques que je m’apprête à traduire et à publier ici.

Ces petits articles, que j’ai intitulé malicieusement “Chroniques Disney”, porteront sur des portraits et des extraits d’interview d’animateurs célèbres ou mythiques du studio de tonton Walt, avec des récits souvent croustillantS sur le fonctionnement du studio, les relations entre les diverses personnalités, la production de tel ou tel long-métrage… Toute la matière originale en anglais provient du blog de la TAG (The Animation Guild), tenu notamment par son représentant principal, Steve Hulett (ancien membre de l’équipe des scénaristes des studios Disney pendant dix ans, où il a oeuvré sur “Rox et Rouky”, “Taram et le chaudron magique”, “Basile détective privé” et “Oliver et Compagnie”). Un blog d’une grande richesse, sur lequel on retrouve certains posteurs prestigieux comme Floyd Norman(1) ou encore Tom Sito(2). Excusez du peu !

Bref, pour éviter aux curieux de se noyer dans les centaines de pages de ce blog et satisfaire les lecteurs fâchés avec la langue de Shakespeare, je me propose de vous présenter les récits les plus intéressants. Une petite plongée informative sympathique dans les coulisses des productions Disney.

WARD KIMBALL : “FRED MOORE ET LES TUYAUX EN CAOUTCHOUC”

Ward Kimball

Pour inaugurer cette nouvelle rubrique, je débuterai avec quelques propos et extraits d’interview du génial Ward Kimball, l’un des “Nine Old Men” les plus célèbres. Ce bon vivant farceur, mélomane (il était membre d’un célèbre groupe de jazz!) et franc du collier rejoint les studios Disney en 1934. Il fut notamment responsable de l’animation de Jiminy Cricket dans “Pinocchio”, les corbeaux dans “Dumbo”, Lucifer, Jaq et Gus dans “Cendrillon”, Le Chapelier fou, le Chat du Cheshire ainsi que Tweedledee et Tweedledum dans “Alice au Pays des Merveilles”. Disney prenait soin en général de lui réserver les scènes les plus délirantes ou les plus expressives. Il prit sa retraite des studios Disney en 1972, suite à un désaccord d’ordre artistique sur un buste de Walt Disney ornant l’entrée des studios (sic!). Il décède trente ans plus tard à Los Angeles.

Voici quelques propos d’une interview de Kimball réalisée par Steve Hulett à la fin des années 70.

Steve Hulett: “Vous me parliez de l’animation cyclique des premières années à Disney…

Ward Kimball: Il ne s’agissait pas vraiment d’animation cyclique, car cela nous amène à ce que faisait Hanna-Barbera. Nous avions tout de même de nombreuses nuances et changements. Lorsque nous avions un personnage en train de courir, il fallait s’assurer que cela ne passe pas pour de l’animation cyclique aux yeux de Walt. Si les pieds pouvaient fonctionner en cycle, la caméra se chargeait de l’amoindrir… On pouvait également faire en sorte que le personnage scrute les alentours tout en courant, ce qui créait une autre dynamique. Et il n’y avait donc pas de cycle au final.

Je me souvient de mon arrivée à Disney, l’animation cyclique était un peu considérée comme une pratique interdite. Si vous utilisiez un cycle, il ne fallait pas que le public s’en appercoive. Mais vous devez comprendre qu’à l’époque lorsque les gars commençaient à animer, il s’agissait d’un processus tellement complexe qu’on recherchait des manières simples et presques abstraites de dessiner les personnages. Le principe de base de ce métier étant la création d’une multitude de dessins, ce qui était fatiguant et long à obtenir. On prisait dès lors des personnages assez ronds, car tout le monde savait que dessiner une figure faite de courbes et de spirales était plus simple qu’une figure aux contours anguleux et droits.

Les personnages devinrent donc très simples, presque abstrait. Quand on analyse Mickey, on se rend compte qu’il ne s’agit en fait que de deux cercles liés par deux lignes… On avait ce qu’on appelle l’animation à “tuyaux de caoutchouc” car les jambes de Mickey et Minnie ressemblaient à deux tuyaux noirs caoutchouteux dotés de mouvements élastiques.

Mais quand on a finit par se pencher sur des approches plus réalistes, on vit rapidement l’ampleur de la tâche et sa difficulté. Sur “Blanche Neige”, nous avions utilisé la technique de la rotoscopie… Et alors que l’animation devint de plus en plus cinématoghraphique, nous nous écartions de l’animation à “tuyaux de caoutchouc” et ses façons arbitraires de dessiner. A l’époque, il fallait dessiner comme un dessinateur de BD pour être drôle. Si vous dessiniez de manière réaliste, vous n’étiez plus drôle. Les anciens cartoons n’étaient donc qu’une série de gags enchaînés, interprétés par des personnages relativement grossiers animés avec une bonne dose d’exagération. Ensuite, il y eut des histoires plus crédibles et plus riches, comme “Blanche Neige”, et des développement de personnages au niveau personnalité comme les sept nains… Chacun étant différent, avec sa propre “mécanique”.

Ward Kimball lors de la production de
Ci-dessus : Ward Kimball lors de la production de “Cendrillon”, sous l’oeil admiratif de Walt Disney (à droite).

Steve Hulett: Parlez nous de Fred Moore(3).

Ward Kimball: Fred s’est écarté de l’école “ronde” des “tuyaux en caouthouc”. Il était l’animateur le plus parfait pour cette époque de transition. Il fut le premier à s’affranchir de certaines habitudes. Il instaura le contre-mouvement dans sa manière de dessiner. Il fit davantage de dessins. Il décida de faire bouger les joues de Mickey en harmonie avec sa bouche, ce qui n’avait jamais été fait auparavant quand il fallait dessiner à l’intérieur de ce cercle. Il l’a passé au “squash and stretch”(4).

Il était là au moment idéal, mais Fred était un animateur autodidacte. Il n’avait jamais fait d’école artistique, et il a émergé par le dessin avec ses propres armes. Personne ne semble se souvenir d’une “montée en puissance” au sein du studio. Il était simplement là, constant, réalisant des choses intéressantes et ne descendant jamais sous cette limite. Nous autres sommes arrivés là, dans cet endroit étrange auquel nous tentions de nous adapter tout en essayant de l’améliorer. On en devint les élèves. Milt Kahl, moi-même, Frank (Thomas) et Ollie (Johnston). Nous savions que c’était un art difficile, et il y avait tant de nuances de techniques et de conceptions dans la manière de dessiner.. Il y avait des millions de choses à apprendre et à essayer.

Fred n’y avait jamais songé. Ce n’était pas un étudiant de l’animation… C’était simplement un animateur naturellement doué dont le style et le développement étaient parfaits pour cette époque bien précise de l’existence du studio. Et quand le studio a poursuivi sa croissance et son chemin dans la direction du perfectionnisme, ce furent les étudiant - nous - qui ont alors repris le flambeau. Et Fred fut incapable de s’adapter. Il se mit à boire au lieu de s’écrier “C’est génial ! Je vais m’asseoir et explorer cela moi aussi, et puis l’améliorer à mon tour”.

L’idée de tous était de tenter de faire mieux que ce que vous faisiez avant, c’était un concept très ouvert. Nous experimentions des techniques de styles d’animation qui n’avaient jamais été utilisées auparavant. Mais Fred se contentait de rester à son niveau. Il fut adulé pour son travail sur “Les Trois petits cochons”. Un travail merveilleux pour l’époque, qui rendit grossier tout ce qui avait pu être fait avant. Et cela avait donné un nouvel élan indispensable au studio de Walt, qui lui en fut reconnaissant.


Ci-dessus : Fred Moore à l’oeuvre sur Jiminy Cricket (”Pinocchio”)

Fred était l’homme du moment et il ne put gérer ce statut, pour tout vous dire. Il espérait rester éternellement “l’homme du moment” mais nous nous rendions compte qu’à mesure où nous explorions davantage les subtilités de l’animation, les petites nuances, les touches de réalismes et les gestions de rythme, le travail de Fred commençait à devenir de plus en plus rudimentaire. C’est une sacré chose à dire, mais je parle de manière relative. J’ai remarqué ce phénomène sur “Le Dragon Récalcitrant” vers 1940. Ce qui était acceptable en termes de processus sur “Les trois petits cochons” et dans certains cas sur “Blanche-Neige et les Sept nains”, rendait certains segments du “Dragon récalcitrant” - bien que très bien dessinés - très grossiers au niveau timing.

Fred, dans ses animations, faisait observer une pose à un personnage et maintint le figé, perdant au passage toutes ces choses subtiles qui maintenaient l’animation en vie(5). A cette époque, Fred buvait beaucoup et j’empruntais en secret ses esquisses en ajoutant des dessins qui pourraient les faire fonctionner avec le reste de l’animation réalisée sur le film. Fred se mit de plus en plus sur la défensive, taquinant la bouteille et se lamentant. Il revenait de déjeuner et voulait en parler, et bien évidemment, nous ne voulions pas en parler. Et lui d’insister toute l’après-midi sur le fait que cet endroit était en train de le tuer à petit feu et que Walt n’était plus bon avec lui.

Nous étions désolé pour lui… Nous ne savions pas quoi faire, et puis soudain… (Note d’Arion : Fred Moore est décédé dans un accident de voiture en 1952, à l’âge de 41 ans). L’alcool devint pour Fred l’échapatoire quand il ne pouvait gérer la situation au studio.”


Ci-dessus : Character design de Mickey Mouse par Fred Moore

NOTES

(1)Animateur sur des courts métrages Disney, layout man sur “La belle au bois dormant”, puis membre du “story department” pour “Le Livre de la jungle” avant de passer chez Hanna-Barbera où il fit des layouts et des storyboards pour “Les Flinstones”, “Les Schtroumpfs” ou encore “Scooby Doo”. Il finit par retourner chez Disney au début des années 80 au département des publications pour la jeunesse, avant de reprendre du service au sein du “story department” sur “Le bossu de Notre-Dame”, “Mulan”, “Dinosaures” et “Toy Story 2″.

(2) Animateur sur “Qui veut la peau de Roger Rabbit ?”, “La petite sirène”, “La belle et la Bête”, “Aladdin”, membre du “story department” sur “Le Roi Lion” et “Shrek”, storyboardeur sur “Pocahontas” et “Le Prince d’Egypte”)

(3)Spécialiste de Mickey, qu’il avait notamment animé dans le segment “L’apprenti sorcier” de “Fantasia”, animateur sur “Blanche-Neige”, “Pinocchio”, “Dumbo”, “Cendrillon”, “Alice au Pays des Merveilles” ou encore “Peter Pan” (qu’il ne vit pas achevé), Fred Moore était adulé par les animateurs de l’époque. Dessinateur surdoué au style reconnaissable, son talent ne fut cependant pas complet… Incapable de s’adapter aux nouveaux principes de l’animation des studios Disney, il sombre dans l’alcoolisme.

(4) Compte parmi les fameux 12 nouveaux principes de l’animation superbement exposés et détaillés dans l’ouvrage “The Illusion of life - Disney Animation” de Frank Thomas et Ollie Johnston.

(5) Ibidem

P.S. Si ces billets vous intéressent, n’hésitez pas à me le faire savoir via les commentaires… Histoire que je trouve la force et le temps d’en traduire d’autres. ;)

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Walt Disney et l’illusion du vivant

Au risque de surprendre quelques esprits chagrins à l’esprit étroit, être passionné par la production animée nippone n’a jamais été incompatible avec le respect et l’admiration que chaque passionné de dessins animés se doit d’avoir pour les productions Disney. S’il est inutile et complètement hasardeux de comparer les productions animées japonaises et disneyiennes, toutes deux très différentes dans leur approche culturelle, leur substance narrative et leurs objectifs artistiques et commerciaux, il n’en reste pas moins que les long-métrages de tonton Walt font toujours office - près de 70 ans après Blanche-Neige - de mètre-étalon pour tout film d’animation, quelle que soit son origine.

Si la production Disney est fait de hauts et de bas depuis le renouveau de la “Petite Sirène” en 1989 (le sommet étant essentiellement incarné par les superbes productions 3D du studio Pixar), et si le manque d’originalité est souvent flagrant depuis lors - on pense aux “inspirations” plutôt flagrantes du “Roi Léo” de Osamu Tezuka pour “Le Roi Lion” ou encore de “Nadia et le secret de l’eau bleue” du studio Gainax pour “Atlantide : l’empire perdu” - il Frank Thomas en plein travail sur n’en reste pas moins que le savoir-faire et l’autorité du studio de Mickey demeurent inégalés. Les films de l’ “âge d’or” n’ont pas pris la moindre ride et n’ont, à mon sens, toujours pas trouvé à ce jour d’adversaire à leur véritable mesure. Et ce malgré le talent infini de tous les Miyazaki, Takahata ou Lasseter de ce monde. C’est dire le statut de ces chef d’oeuvres absolus et intemporels.

La raison de ce succès ? Le talent de conteur hors pair de Walt Disney, sa vision révolutionnaire de l’animation et sa faculté extraordinaire à s’entourer de personnes plus subtiles et compétentes que lui et en tirer le maximum. Dès l’époque des “Silly Symphonies”, Disney embauche et forme un nombre incalculable d’animateurs (comme le célèbre et défunt Frank Thomas, en photo ci-dessus, à l’oeuvre sur “Robin des Bois” en 1973), dont certains formeront sa garde rapprochée pendant plus de trente ans au moins… Des animateurs aguérris, qui franchiront tous les obstacles (le perfectionnisme extrême et l’insatisfaction chrnoique de Disney étant peut-être les plus effayants !) et finiront par s’imposer au studio… et constitueront finalement le collectif d’animateurs qui s’attaquera au début des années 30 au monument du cinéma qu’était “Blanche Neige et les Sept Nains”, premier long-métrage d’animation de l’histoire !

Parmi eux, citons les mythiques Fred Moore (spécialiste de Mickey, qu’il avait notamment animé dans le segment “L’apprenti sorcier” de “Fantasia”), Art Babbitt (créateur de Goofy/Dingo, il anima également “Les trois petits cochons”, la Reine dans “Blanche Neige” et Gepetto dans “Pinocchio”), Norman Ferguson (le spécialiste de Pluto dès sa création), Joe Grant (co-scénariste de “Dumbo” et “La Belle et le Clochard”, il travailla notamment sur “Blanche Neige”, “Pinocchio”, Fantasia”, “La Belle et la Bête”, “Aladdin”, “Le Roi Lion”, “Pocahontas”, et “Mulan”), Dave Hand(réalisateur de “Blanche-Neige” et “Bambi”), Hamilton Luske (co-réalisateur de “Pinocchio”, “Fantasia”, “Saludos Amigos”, “Cendrillon”, “Alice au Pays des Merveilles”, “Peter Pan”, “La Belle et le Clochard” et “Les 101 dalmatiens”, il fut aussi directeur de l’animation sur “Mary Poppins”), Bill Tytla (animateur de Grincheux dans “Blanche Neige”, Stromboli dans “Pinocchio”, Yan Sid dans “Fantasia”, Dumbo dans le film éponyme… Tytla est encore considéré comme l’un des plus grands animateurs de personnages de l’histoire !), Les Clark, Milt Kahl, Ward Kimball, Eric Larson, Wolfgang Reitherman, Frank Thomas, Ollie Johnston, Marc Davis et John Lounsbery. Les 9 derniers de cette liste deviendront bientôt les fameux “Nine Old Men” de Walt Disney (Référence à Franklin D. Roosevelt qui surnommait ainsi les 9 juges de la Cour Suprême)… Les 9 animateurs les plus loyaux et les plus talentueux, qui oeuvreront ensemble sur tous les long-métrage du studio jusqu’à “Bernard et Bianca” (”The Rescuers”, 1977). Petite présentation rapide des 9 animateurs les plus mythiques de l’histoire de l’animation.

LES “NINE OLD MEN”

Les Nine Old Men, à l'époque de

* Les Clark (1907 - 1979). Intègre les studios Disney en 1927. Sa spécialité était Mickey, qu’il fut le seul parmi les Nine Old Men à animer depuis les débuts du personnage sur “Steamboat Willie”. Il anima de nombreuses scènes magnifiques dans “Pinocchio”, “Dumbo”, “Les 101 Dalmatiens”, “Cendrillon”, “Alice au Pays des Merveilles” et “Peter Pan” jusqu’à “La Belle et le Clochard”. Après quoi il passa à la réalisation de téléfilms et autres courts métrages pour Walt Disney. Il finit par prendre sa retraite des studios en 1976.

* Ollie Johnston (1912 - ) rejoint Disney en 1935 et travaille d’abord en tant qu’assistant animateur sur “Blanche Neige”. Ses travaux les plus célèbres sont sans doute ses animations de Monsieur Mouche dans “Peter Pan”, les belles soeurs dans “Cendrillon”, le Prince Jean dans “Robin des Bois”, mais il oeuvra également sur “Fantasia”, “La Belle et le Clochard”, “Alice au pays des Merveilles” et “La Belle au Bois Dormant”. Après 43 ans de bons et loyaux services aux Studios Disney, il prend sa retraite en 1978 et se consacra notamment à l’écriture. Il co-écrit ainsi avec son ami et collègue Frank Thomas “The Illusion of Life - Disney Animation”, publié en 1981 et salué dans le monde entier comme étant le meilleur livre jamais écrit sur l’animation. Johnston est le dernier des “Nine Old Men” encore en vie !

* Frank Thomas (1912 - 2004) est engagé par Disney en 1934. Ses travaux les plus connus sont l’animation de la belle mère dans “Cendrillon”, la Reine de Coeur dans “Alice au Pays des Merveilles”, le Capitaine Crochet dans “Peter Pan” ou encore la fameuse scène du baiser-spaghetti dans “La Belle et le Clochard”. Il oeuvra aussi notamment avec succès sur “Pinocchio”, “Le Livre de la Jungle”, “Les 101 Dalmatiens” et bon nombre de courts métrages. Il se retire en 1978 après 45 ans de carrière. Il coécrit avec son meilleur ami Ollie Johnson le livre de référence “Disney annimation - The Illusion of Life”. les deux hommes firent l’objet d’un très beau documentaire intitulé “Frank and Ollie”, réalisé par Théodore Thomas (le fils de Frank).

* Wolfgang “Woolie” Reitherman (1909 - 1985) rejoint le studio en 1935 comme animateur et réalisateur. A son actif, on peut trouver notamment ses animations pour le crocodile de “Peter Pan”, le dragon de “La Belle au Bois dormant” et la séquence de lutte entre Clochard et 3 molosses, et Clochard et le rat dans “La Belle et le Clochard”. Reitherman était le spécialiste des scènes d’actions. Disney estimait qu’il était le seul à pouvoir les animer avec suffisemment de réalisme. Le jour suivant la mort de Disney, Reitherman dira “A partir d’aujourd’hui, ce ne sera plus comme avant. Ce sera tel que nous nous en souviendrons”. Doté d’un caractère de leader et d’une solide expérience il s’impose comme vrai patron des studios, commandant aux scénaristes, aux animateurs et intervallistes, présidant d’aussi célèbres qu’interminables réunion de projet ! Il s’occupe très logiquement de la réalisation de tous les long-métrage animés des studios Disney suivant la mort de Walt, jusqu’à sa retraite en 1977, après avoir terminé “Bernard et Bianca”… et 50 ans d’une riche carrière.

Milt Kahl mimant un personnage de * Milt Kahl (1909 - 1987) débute en 1934 au début de la production de “Blanche Neige”. Il est réputé pour être l’un des meilleurs animateurs ayant jamais travaillé pour les studios Disney. C’est pour cela que Walt lui confia souvent les tâches les plus difficiles, et qu’il fut admiré par de nombreux animateurs du studio. On retrouve sa patte dans des personnages qu’il a animé avec brio, tels que Pinocchio, Peter Pan, Alice, le Prince dans “La belle au bois dormant”, Shere Khan dans “Le Livre de la Jungle”, Edgard dans “Les Aristochats”, le Shérif de Nottingham dans “Robin des Bois” ou Medusa dans “Bernard et Bianca”. Kahl prend sa retraite en 1976 après 42 années passées au service de Walt Disney. (cfr photo ci-dessus. Kahl à l’oeuvre sur le personnage de Kay, fils d’Hector dans “Merlin l’enchanteur” en 1963)

* John Lounsbery (1911 - 1976) débute en 1935 sous la houlette de Norman Ferguson avant de devenir l’un des animateurs les plus en vue du studio. Affectueusement surnommé “Louns” par ses collègues animateurs, il était doté d’une force de travail impressionnante qui lui valut l’admiration et le respect de tous durant de longues années. Lounsbery anima notamment Ben Ali Gator dans “Fantasia”, Grand Coquin dans “Pinocchio”, Timothée dans “Dumbo”, le père dans “Peter Pan”, Tony, Joe et certains chiens dans “La Belle et le Clochard”, le Roi dans “La Belle au bois dormant”, les éléphants dans “Le Livre de la Jungle”… Avant de passer directeur de l’animation en s’occupant notamment de “Alice au Pays des Merveilles”. Dans les années 70, il est promu réalisateur et co-dirige “Winnie l’ourson et le Tigre fou” ainsi que “Bernard et Bianca”, son ultime long-métrage qu’il ne vit pas entièrement achevé.

* Eric Larson (1905 - 1988) est engagé au studio en 1933 et devient rapidement l’un de ses meilleurs animateurs, dirigeant des personnages marquants tels que Peg dans “La Belle et le Clochard”, les vautours dans “Le Livre de la Jungle”, la scène du vol de Peter Pan de Londres à Neverland ou encore Bibi Lapin, Basile et Boniface. Ayant fait preuve de ses talents à enseigner et former les nouveaux talents, Larson s’est vu confier la tâche de repérer et former les nouveaux animateurs de Disney au début des années 70. Beaucoup des grands animateurs actuels du studio ont été formés par Larson dans les années 70 et 80, jusqu’à sa retraite en 1986.

* Ward Kimball (1914 - 2002) rejoint les studios Disney en 1934. Ce bon vivant farceur fut notamment responsable de l’animation de Jiminy Cricket dans “Pinocchio”, Lucifer, Jaq et Gus dans “Cendrillon”, Le Chapelier fou, le Chat du Cheshire ainsi que Tweedledee et Tweedledum dans “Alice au Pays des Merveilles”. Son travail était en général plus délirant que celui de ses collègues. Il prit sa retraite des studios Disney en 1972.

* Marc Davis (1913 - 2000) débute en 1935 sur “Blanche Neige” et se chargea plus tard de la création graphique et de l’animation de Bambi, Pan-Pan, Cendrillon, Clochette dans “Peter Pan”, Maléfique, son corbeau et Aurore dans “La Belle au Bois Dormant”, Cruelle dans “Les 101 Dalmatiens”. Parallèlement à l’animation, il était également responsable du design des personnages de nombreuses attractions majeures de Disneyland dont Pirates des caraïbes et Le Manoir Hanté. Il prit officiellement sa retraite en 1978, mais demeura actif dans le développement d’attractions pour EPCOT et Tokyo Disneyland.

Au moment de la sortie de “Robin des Bois”, il ne restait plus que quatre des “Nine Old men” encore en activité à Disney. Il s’agissait de Milt Kahl, John Lounsbery, Frank Thomas et Ollie Johnston. Nous pourrions y ajouter Eric Larson, mais ce dernier s’occupait uniquement du repérage et de la formation des jeunes talents.

DISNEY ANIMATION : THE ILLUSION OF LIFE

Pour ceux qui désireraient approfondir la question et en savoir plus sur les méthodes et autres techniques d’animation des studios Disney, je ne puis que vous conseiller l’achat du livre suivant. Considérez le comme étant l’un de mes plus gros coups de coeur personnel, tant est que cela ait une quelconque valeur pour vous. :-p

The Illusion of Life

Publié en 1981, ce livre acclamé par la critique et la public a été écrit par deux des mythiques “Nine OldMen” - Ollie Johnston et Frank Thomas (voir petite présentation des “Nine Old Men” plus haut dans cet article) - et est encore largement considéré à juste titre comme l’un des tous meilleurs livres jamais écrits sur l’animation (le meilleur ?). Totalisant 576 pages, la version mise à jour de 1995 porte le titre inversé de “The Illusion of Life: Disney Animation” et propose 489 planches en couleurs et plus d’un millier d’illustrations en noir et blanc… Des croquis aux layouts, en passant par des fragments de storyboard jusqu’à certaines séquences d’animation intégrales ! Cet ouvrage luxueux et massif nous donne un apperçu des travaux des meilleurs animateurs des studios Disney durant l’âge d’or de l’animation, dont les fameux “Nine old Men”, afin de transmettre au lecteur toutes les recettes d’une animation de qualité et le secret de la qualité éternelle des long-métrages animés estampillés “Disney”. Une véritable somme, condensé d’un savoir que nous ne devons pas perdre !

Livre complètement indispensable (et je pèse mes mots !) à toute bibliothèque d’amateur d’oeuvres animées qui se respecte, il est fréquemment utilisé comme source de référence par les professionnels de l’animation ainsi que par les étudiants. Les animateurs le désignent d’ailleurs souvent par l’adjectif de “Bible” ! Un terme non usurpé, véritable hommage de deux géants à l’époque dorée d’un art qu’ils ont contribués à élever au-delà de toute espérance. Vous pourrez vous le procurer ici à un prix plus qu’avantageux (sachant qu’on ne le trouve pas neuf dans les boutiques parisiennes à moins de 80 euros), moyennant deux semaines et demi d’attente.

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