Grands nez et nez cassés !

Encore un titre de post pour le moins énigmatique, me direz-vous. Que nenni, vous allez très vite deviner de quoi je parle (enfin, pour le “nez cassé” il vous faudra aller voir le film tout de même :p ).

Le bonheur de vivre à Paris, c’est de pouvoir se livrer à toutes les expériences, a toutes les possibilités de divertissement. Quand on aime l’art, Paris is the place to be. Monuments, musées, cinéma, théâtre… Le bonheur absolu en ce qui me concerne. Si j’ai toujours aimé la scène, cela faisait bien dix ans que je n’avais plus remis les pieds dans un théâtre. Ma dernière pièce devait être “Les fourberies de Scapin” de Molière, si j’ai bonne mémoire. Une très bonne expérience, non renouvellée depuis… je ne sais pour quelle raison. On a pas forcément le réflexe “théâtre”, et c’est un tort. Le théâtre revêt dans notre esprit une fausse impression poussiéreuse, jaunie et pédante. Le théâtre, ce n’est pas que de la tragédie grecque ou d’obscures pièces expérimentales… Comme au cinéma, on peut y trouver de tout et aussi n’importe quoi. Il y a la possibilité de faire son choix. Pour ma part, pour mon retour vers les “trois coups”, j’ai opté pour une pièce à la fois classique et avant-gardiste : “Cyrano“, au théâtre de la Gaité Montparnasse.

CyranoAu programme, trois acteurs qui jouent les scènes les plus mémorables du chef d’oeuvre d’Edmond Rostand… sans vrais décors et sans vrais costumes (les acteurs ont leurs vêtements du 21ème siècle et revêtent de temps à autres quelques artifices, costumes réduits à l’état de symboles) mais avec… un pianiste complètement barré et une vraie authenticité ! En tête d’affiche, l’immense Jacques Weber. Quelle claque de voir un acteur habité de si près. Maniant le verbe avec élégance, on pouvait sentir tout son être vibrer une fois dans la peau des divers personnages qu’il interprétait. Il était admirablement secondé dans toute sa splendeur par deux de ses “élèves”, Xavier Thiam et Anne Suarez, qui apportent toute leur énergie et leur fraîcheur à un ensemble surprenant mais maîtrisé. Un vrai bonheur, visiblement partagé avec l’acteur Dominique Pinon (Délicatessen, Alien 4, Amélie Poulain, Dikkenek) qui se trouvait juste derrière nous ! Bref, j’ai renoué avec le théâtre de la plus belle des manières et je m’en voudrais d’en rester là après une aussi belle soirée. Mention spéciale pour le texte de Rostand… J’avais oublié à quel point il était sublime, ciselé comme un diamant.

Dans un tout autre registre, j’ai découvert hier le film “Lucky Number Slevin” à l’UGC Ciné Cité Bercy.
Je n’avais eu que de bons échos sur ce film, alors que la bande-annonce me faisait penser davantage à un nanar de série B au casting 4 étoiles (Josh Hartnett, Morgan Freeman, Ben Kingsley, Bruce Willis, Danny Aiello, Robert Forster). Une excellente surprise au final, avec une construction et un montage rappelant les meilleurs Tarantino et Guy Ritchie, même si l’on reste encore loin de la maestria scénaristique et visuelle d’un “Pulp Fiction” ou d’un “Arnaques, crimes et botanique”.
Slevin“La vie n’est pas tendre avec Slevin (Josh Hartnett). En quelques jours, ce jeune homme a perdu son appartement, découvert que sa petite amie le trompait, et s’est fait voler ses papiers. Décidé à souffler un peu, Slevin s’envole vers New York, où il va habiter quelque temps l’appartement d’un copain, Nick Fisher. La poisse ne va pas le lâcher pour autant, bien au contraire… Le milieu new-yorkais est en ébullition. Deux de ses plus grands parrains, le Rabbin (Ben Kingsley) et le Boss (Morgan Freeman), se livrent une guerre sans pitié. Autrefois complices, ils sont devenus les pires ennemis. Pour venger l’assassinat de son fils, le Boss est décidé à faire tuer celui du Rabbin. Il a chargé Goodkat (Bruce Willis) de l’affaire. Celui-ci, réputé pour être le meilleur “hitman” au monde, a un plan très simple : trouver quelqu’un qui doit énormément d’argent au Boss et l’obliger à exécuter la besogne en échange d’une annulation de dette. Le candidat idéal est… Nick Fisher…”
Certes, on pourra toujours gloser sur la fin un peu poussive et “tape à l’oeil”, mais le film est sincère sans se prendre trop au sérieux, et on est ravi de voir Josh Hartnett endosser son meilleur rôle, les deux vétérans Freeman et Kingsley cabotiner comme des débutants et Bruce Willis se jouer indirectement de son image avec un rôle froid mais non dénué d’un certain humour second degré assez croustillant. Une très bonne surprise en fin de compte… Sans être un chef d’oeuvre, juste un bon moment passé au cinoche. C’est parfois tout ce qu’on demande, pas vrai ?

2 commentaires »

  1. tinou nous dit :

    1 août 2006 à 3:19

    J’ai eu la chance de mon cote de decouvrir Jacques Weber avec son role de Galilee dans la Vie de Galilee, une piece de Brescht. J’ai ete fascine par sa presence sur scene…

    Sinon la derniere fois que je suis alle au theatre, j’etais aussi a Paris. C’est vrai que en province, l’image que l’on a du theatre, c’est ce qui veut bien venir jusqu’a nous. Donc de la merde pour intellectuels. A Paris il y a des bonnes comedies dont on entend trop peu parler passe le periph…

    Cet hiver donc, j’avais vu l’incroyable solo de Lucchini reprenant les premiers chapitres du Voyage au Bout de la Nuit, de Celine. Performance remarquable. L’arrivee a New York que ca s’appelait.
    Et j’ai aussi vu la piece de theatre le jazzman et la diva, avec un incroyable pianiste ukrainien, associe au violon de Lockwood et la voix de sa femme… Genial.

    Ici a Yokohama, je peux aller voir du No, mais j’ai la flemme… Le No est pourtant bien moins chiant que le Kabuki… :-)

  2. Arion nous dit :

    1 août 2006 à 9:49

    Je comprends aisément ta fascination pour Weber en “live”. C’est la première fois que je contemple un grand acteur sur scène, et comme je le disais c’est une vraie claque parceque l’interprétation est “palpable”, on prend les différentes nuances de jeu directement dans la figure. Le théâtre, c’est une émotion de frontalité… Tout est direct, et j’adore ça.

    J’aimerais beaucoup voir Lucchini également. Son phrasé m’interpelle toujours. ^^

    Par contre, j’ai beau adorer le Japon, je passe mon tour pour le No et le Kabuki… :p

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