L’apocalypse selon Saint Urasawa

Je vous l’avais dis dès le post inaugural de ce blog… Il m’est impossible de ne pas vous parler du manga qui me passionne le plus en ce moment : “20th Century Boys“. Je me doute que je n’apprendrai strictement rien aux fans et autres otakus qui lisent éventuellement ce site, mais il se trouve que quelques “profanes” traînent parfois leurs guettres en ces lieux et si je suis capable par ce post d’éveiller quelque peu leur curiosité pour cette oeuvre, eh bien ce blog à la noix aura rempli l’une des missions que j’attendais de lui. :p

1969. Un groupe d’enfants passe le plus clair de son temps libre à se réunir dans ce qu’ils appellent leur “base secrète”, un monticule de feuilles et de branchages dressé au beau milieu d’un terrain vague. Ce lieu tenu secret, sanctuaire de leur enfance, les voit s’adonner à des activités aussi diverses que la lecture de mangas, l’écoute de musique rock et l’échange de Un sinistre symbole...photos coquines. Aaah,l’insouciance de l’enfance. Réunis un beau jour dans ce théâtre des rêves sous l’impulsion de leur meneur Kenji Endô, les mômes couchent leurs rêveries et leurs fantasmes sur papier… C’est décidé, quand ils seront grands, ils seront les héros qui vont sauver la planète ! Ils imaginent un symbole de ralliement (un œil marqué d’une main dont l’index pointe vers le ciel) destiné à leur servir d’étendard dans leur lutte contre les forces du mal. Ils élaborent un scénario catastrophe dont l’imagination enfantine à le secret : la destruction de Tokyo par un robot géant et l’anihilation de Londres, de San Francisco puis de l’humanité toute entière par un virus foudroyant. Tout est méticuleusement consigné dans ce qu’ils appellent alors le “Cahier de Prédictions”.

Près de 30 ans plus tard, le suicide de Donkey (l’un des enfants du groupe) sort Kenji de sa routine. Celui qui ne pensait qu’à devenir une rockstar est désormais à la tête du Convini familial, et sa vie se partage entre ce labeur peu réjouissant et l’éducation de la petite Kanna, le bébé que sa soeur lui a confié avant de s’évaporer mystérieusement dans la nature. Kenji s’interroge : quel est ce mystérieux symbole que l’on a retrouvé sur les lieux du suicide de Donkey et qui commence à apparaître sur les lieux de disparitions, meurtres crapuleux et autres attentats sanglants ? N’est-ce pas celui qu’il avait inventé avec ses compagnons d’enfance ? Le symbole de leur promesse de protéger la terre… Qui se sache derrière la secte nihiliste qui s’est appropriée ce sigle surgi du passé et qui est menée par un mystérieux gourou se faisant appeler “Ami” ? Qui est “Ami” et pouquoi semble t-il s’appliquer à réaliser un à un les sinistres évènements décrits dans le “Cahier des prédictions” ? S’agit-il d’un ancien camarade de Kenji ? Sans aucun doute, Mais lequel ? Aucun des membres de la bande n’a de souvenirs assez précis. Y a t-il un traître ? Un menteur ou un schizophrène ? Ou n’étaient-il pas seuls lorsqu’ils abordaient le futur de notre planète étant enfants ? Qui aurait pu avoir ainsi accès à leurs souvenirs d’enfance ? Kenji et ses amis, devenus adultes, pourront-ils empêcher l’inéluctable ? Le mangaLa fin du monde, qu’ils avaient jadis programmée pour le 31 décembre 2000 à minuit…

Je ne me risquerai pas à aller plus loin dans le pitch tellement la trame de ce manga est riche et d’une réjouissante complexité. S’amusant à jouer des apparences et égarer son lecteur avec un récit maîtrisé de bout en bout, Urasawa nous entraîne dans un voyage qui nous verra traverser plusieurs nappes temporelles et explorer des époques qu’il nous présente avec un remarquable sens du détail. Un sens de narration digne des plus grands films, un talent qu’on lui connaissait déjà sur “Monster” mais qui trouve ici sa plus parfaite matérialisation. Avec “20th Century Boys”, l’artiste s’impose définitivement comme le plus grand mangaka de sa génération, dévoilant pièce par pièce les éléments d’un puzzle qui fera date dans l’histoire du genre seinen mais aussi du manga en général. Même les amateurs de BD franco-belge, souvent hostiles aux “mangasses”, s’empressent de reconnaître le génie de cette série, d’ailleurs fort logiquement récompensée en 2004 du titre suprême au prestigieux Festival International d’Angoulême. Je ne peux que vous encourager à vous jeter sur les volumes édités par Panini Comics (feu Génération Comics), vous ne le regretterez pas. Dépendance garantie !

19 tomes ont été édités en France, tandis que 21 sont sortis au Japon en attendant l’édition du volume 22 prévu pour octobre. Si ce volume 22 était annoncé comme étant l’ultime opus de la saga, Urasawa a fait savoir récemment via son éditeur qu’il reprendrait “20th Century Boy” au printemps 2007 ! Une nouvelle un peu curieuse, mais certaines rumeurs n’évoquent pas une véritable reprise mais la publication d’un unique chapitre spécial de conclusion. Wait and see, donc.

2 commentaires »

  1. yuto nous dit :

    28 juillet 2006 à 16:11

    Excellent article. Merci beaucoup je me suis régalé (comme d’habitude). C’est amusant de constater que les premiers sujets de 20th century boys ont commencé sur des forums de BD tout simplement et non d’animes et de manga, preuve que le phénomène va au delà d’un simple ‘manga’. D’ailleurs cette oeuvre est plus qu’un manga à mes yeux (tout comme les oeuvres de Jiro Taniguchi) …

    C’est étrange, mais à chaque fois que je raconte l’histoire à un proche, ceux ci pensent toujours à “It” de Stephen King, ces petits enfants qui combattent un esprit diabolique et qui revient 30 ans après.

    Bonne continuation pour ton blog :)

    Olivier.

  2. Arion nous dit :

    31 juillet 2006 à 21:22

    L’influence de “It” (”Ca”) me paraît évidente, Urasawa a largement “pillé” le roman de Stephen King a bien des niveaux. Mais il en a fait quelque chose de tellement puissant qu’on ne lui en veut pas de passer ses “emprunts” sous silence. ;-)

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